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Connaissez-vous votre créole ? Awona, Penda, Pennda, Zonzonyen

**Penda, pennda[N][1], n’est pas un mot courant. Le plus souvent on l’entend sortir de la bouche des paysans de chez nous. Il s’apparente aux mots capois/nordistes : **delakèr [N], **kaprina[N], **ratrèl [N].

Les mots dans notre langue ne manquent pas pour nommer – je dirais même fustiger -, les femmes obligées de s’adonner au « plus vieux métier du monde  ».

Jules Faine[2] (JF), en aligne  onze pour traduire : « personne [fille] de mauvaise conduite » : « fille**[fiy]jeînesse **[jennès] ; zaile vett **[zèlvèt] ; aria **(haria, harissa) [arya] ; ahona ou arona **[awona] ; ouaille-ouaille**[wey-wey] ; caco**[kako] ; brigande**[brigand] ; azizwèle**[azizwèl] ; zonzongnin**[zonzonyen] ; bousin**[bouzen]  (o respè!). » (p. 220).

Cela nous donne une idée de la « considération » dont jouissaient ces dames dans la société des années 1930-1940.

L’auteur du « Dictionnaire français-créole… » suggère plusieurs étymolo-gies (♦) :

« Aria [arya] : forme ANG (angevine)- NOR(normande)- PAL (acadienne de Louisiane)… »

Dans « Philologie créole… » (1937, p. 202), JF avance :

« ARIA s. cr. et ang. Sens spécial : Dévergondée… »

Le « Dictionnaire normand – français », en ligne, propose : « aria » signifiant : « désordre, ennui », mais pas « fille ».

Le « Lexique de l’ancien français » de Frédéric Godefroy entre : « haria, caria » signifiant : « grand tumulte », mais pas « fille ».

Dans le “ Dictionary of Louisiana French…” (2010, 892 p.) sous la direction du Prof. Albert Valdman nous trouvons :

« hariat (haria, aria, ariasse) n. m. 1. “good-for-nothing…” (bon à rien). » (p. 329).

Aria  n’est pas traduit « fille » d’autant plus que c’est un nom commun masculin.

Aria n’existe pas avec le sens de « fille » en espagnol courant et n’est pas un dominicanisme trouvé dans le Diccionario de dominicanismos[3].

♦ Awona, « […] est un nouveau venu dans le créole, importé probable-ment des pays voisins, Cuba, Rép. Dominicaine. Il est peut-être un doublet du mot espagnol « ajo » dans son acception de personne indécente, grossière, augmenté de la particule péjorative « na ». (JF – Dictionnaire… p. 220)

D’après Jeannot Hilaire[4] : « awonna, n.f. {esp. harón, haróna (paresseux, paresseuse) ; caraïbe aronna} = putain. » (p. 25).

Le savant « Les emprunts du créole haïtien à l’anglais et à l’espagnol » (2014) du docteur en Sciences du Langage, Renauld Govain, n’entre pas le mot awona.

♦ « Azizwèl : paraît provenir des mots espagnols : azir = saisir par le bras ; s’accrocher et « suelta » = prompte., leste ; c.-à-d. une personne prompte à s’accrocher. » (JF)

L’auteur nous prévient, avec le mot « paraît », qu’il s’agit de suppositions.

Azizwèl ne se trouve pas non plus dans « Les emprunts du créole haïtien à l’anglais et à l’espagnol ».

♦ « Bouzen, mot ANG (angevin), a l’acception de maison de tolérance ».

D’après Jeannot Hilaire[4] : « bouzen, n.f. { […] normand, bousin } = femme commune, prostituée, putain. » p. 43-44.

Le mot « bousin [bouzen] n’existe pas avec ce sens dans le « « Lexique de l’ancien français » de Frédéric Godefroy.

Brigand : mot français : « brigande ». Encore, une connotation négative !

      Delakèr[N] : « petit poisson vorace ; prostituée.

Néologisme créole formé à partir du mot : lak = appât. Désigne un petit poisson très vorace habile à débarrasser l’hameçon de son appât sans se laisser attra-per.

Au sens figuré, les prostituées sont appelées delakèr.  » (MCNH[5], p. 98.)

           Fiy : mot français : « fille » = « Péjoratif. Prostituée. (On dit aussi fille de joie ou fille publique.) » – (Dict. Larousse en ligne)

 Jennès : mot français : « jeunesse ». Dans JF : « voir : fille ». Le (HED[6], p. 381) le traduit aussi : « prostitute » = prostituée.

Kaprina[N] : « prostituée ».

Mot d’origine inconnue. Même sens que « awona » selon [le « capologue » émé-rite], Jacques Jacquelin Garçon. Aussi, dans L. Peleman[5 bis] (p. 88), synonyme de jennès = prostituée. » (MCNH[5], p. 172.)

 Penda, pennda ne se trouve pas dans la liste de Jules Faine. (Voir infra).

 Ratrèl[N] : fille.

Mot de formation locale probable. Dans le Nord, on appelle « ti rat » (pronon-cer : ti rate) : une femme facile, de mœurs légères.

♦ « Weywey ». Onomatopée. Faine ne donne pas l’origine de ce mot. Je peux le rapprocher de « woywoy » (HED[6], p. 984) dont l’une de traductions anglaises est : « bum, good for nothing » = clochard/e, bon/ne à rien.

 ♦ « Zèlvèt: « Zaile vett [zèl vèt] dérivé de zaile [zèl] (p. aile) qui signifie « flirt », « amoureux ». « L’aile » serait donc celle qui aime la verdure, les halliers : « l’occasion, l’herbe tendre et je ne sais quel diable m’y poussa. » (JF ibid.)

Je ne vois pas où JF veut nous entraîner.

Le (HED[6], p. 997) traduit : « zèl vèt (en deux mots) : loose or promiscuous woman » = femme facile ou dévergondée.

♦ « Zonzonyen :

Pradel Pompilus[7] entre zonzongnè : « n. terme de mépris qui désigne un indi-vidu de la dernière catégorie sociale. »

Le HED[6] (p. 1005) traduit zonzon, zonzonyè : “n. low-class person (d’après la définition de JF) ; […] ; adj. unattractive, ugly, scrawny child”/ « n. personne de basse condition ; […] ; enfant peu attrayant, laid, maigre. » (ma traduction)

Pierre Anglade et Jeannot Hilaire ne listent pas « zonzonyen », qui d’après J. Faine « dérive de l’espagnol « zozona » (que je n’ai trouvé ni dans Garcia-Pelayo y Gross, Ramon[7]  ni dans Deive, Carlos Esteban[3] et qui serait : « un augmentatif du mot espagnol « zonza » = grosse bête, personne facile. »

Je dois avouer que je m’y perds.

Pou zonzonyen, JF pense qu’il aurait quelque association avec le mot créole « zoz… » (o respè !) »

Mon collaborateur et tokay, Jean-Marie (Max) Leroy, ajoute le 3.08.2016 : « Mo zonzonyen an ka gen tou youn konotasyon ewotik lè ou pwan li konm youn vèb ; se la youn ti mo nan zòrey detanzantan ki la rale mennen vini… » / « Le mot zonzonyen a, aussi, une connotation érotique quand il est employé comme verbe ; c’est un petit mot murmuré à l’oreille, de temps en temps, qui peut mener loin. » (ma traduction)

« Zonzon » existe en français mais n’a rien à voir avec le mot créole : zonzon.

Quelle serait l’origine de : penda, pennda ? Carlos Esteban Deive[3] (p. 160), entre le mot dominicain « pendanga » synonyme de : «mujer pusilánime » : « femme timide ». Il ajoute que l’Academia de la Lengua, d’Espagne, accepte ce mot qui signifie : prostituée. Aussi, à la page 711 du « Dictionnaire français- espagnol »[7], le mot « ramera » synonyme de « pendanga  » : prostituée ou jennès en créole.  Plus loin, à la page 712, l’auteur donne : « pendòn » = gourgandine, grue. toujours avec le sens de : prostituée qu’il appelle en espagnol : « mujer de mala vida » = femme de mauvaise vie.

Dan l’édition de 1998 du même dictionnaire, à la p. 619, nous trouvons : pendejo = pervers,  en français, expliqué en espagnol : « de vida licenciosa » = d’une vie licencieuse.

Tous ces mots : « pendanga, pendón, pendejo » ont une connotation négative.

Nous le trouvons dans le HED[6] (p. 716) avec la traduction anglaise : “ loose woman ” = femme facile.

Je continue « ma longue marche » de chercheur.

Vocabulaire[8]

Voir supra pour les mots (♦) indiqués par Jules Faine.

Par Max Manigat*

maxmanigat@aol.com

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* Max Manigat est l’auteur de « Mots créoles du Nord d’Haïti. Origines – Histoire – Souvenirs » [MCNH] (2006) et du supplément : « Origines, Histoire et souvenirs de 600 mots créoles de ma jeunesse capoise » in « Cap-Haïtien. Excursions dans le temps. Au fil de nos souvenirs » (2014) pp. 223-346.

Il est membre de l’AKA.

** voir : Vocabulaire.

  • Article paru dans « Haïti en Marche ».

[1] mo nan Nò.

[2] Dictionnaire français–créole (1974). 483 p.

[3] Deive, Carlos Esteban : Diccionario de dominicanismos (2002), 253 p.

[4] Hilaire, Jeannot : Lexicréole… (2001), 460 p.

[5] Manigat, Max : Mots créoles du Nord d’Haïti… (2006), 375 p.

[5 bis] Peleman, L. : Diksonnè Kréyòl – Fransé. (1978), 209 p.

[6] Bryan C. Freeman : Haitian-English Dictionary (2004), 1020 p.

[7] Garcia-Pelayo y Gross, Ramon : Dictionnaire français- espagnol. Collection Larousse (1982), 976  p.

[8] Puisque nous essayons d’améliorer notre créole si mal parlé par manque de connaissances gram-maticales et de vocabulaire, je propose des mots qui peuvent être utiles à nos amateurs de fransyòl.

 

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