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GALOUKOUTOU http://galoukoutou.com Informations, sciences, culture Wed, 05 Sep 2018 17:23:34 +0000 en-US hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.8.7 Si le peuple est souverain, mettons-nous à son écoute http://galoukoutou.com/si-le-peuple-est-souverain-mettons-nous-son-ecoute/ http://galoukoutou.com/si-le-peuple-est-souverain-mettons-nous-son-ecoute/#respond Thu, 02 Aug 2018 17:39:53 +0000 http://galoukoutou.com/?p=405 Dr Edelyn DORISMOND  Professeur de Philosophie-Campus Henry Christophe de Limonade-CHCL-UEH Directeur de Programme au Collège International de Philosophie-Paris Responsable de l’Axe 2 de LADIREP Si le peuple est souverain, ses actions sont fondatrices d’ordre politique nouveau. Toute expérience de démocratie postule avec évidemment des nuances liées aux mœurs politiques et culturelles des sociétés ce principe que nous […]

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Dr Edelyn DORISMOND 
Professeur de Philosophie-Campus Henry Christophe de Limonade-CHCL-UEH
Directeur de Programme au Collège International de Philosophie-Paris
Responsable de l’Axe 2 de LADIREP
Si le peuple est souverain, ses actions sont fondatrices d’ordre politique nouveau. Toute expérience de démocratie postule avec évidemment des nuances liées aux mœurs politiques et culturelles des sociétés ce principe que nous désignons de principe de fondationnalité de la démocratie (ce principe conditionne tous les autres: principe du multipartisme, principe d’élection ou de liberté de choix, etc.).  De ce point de vue,  les événements des 6 et 7 juillet appellent une fondation nouvelle du vivre-ensemble haïtien, trop longtemps installé sur l’inégalité, l’injustice et les techniques d’altération des formes d’estime de soi qui maintiennent les hommes dans leur humanité. Tout indique dans les mobilisations de juillet un signalement vers deux choses : en finir avec l’apartheid et procéder à l’instauration d’un ordre social de justice, d’égalité et d’égale possibilité pour chacun de se réaliser, de restaurer les affectivités froissées par les distorsions politiques, économiques, etc.
Les récriminations nostalgiques, qui se parent de considérations moralisantes ont caché mal leur mécompréhension de la situation et mettent au grand jour leur affection pour un ordre séculier de production incessante d’êtres de trop ou jetables, sorte de déchets humains qui font honte à la vie digne, à l’humaine nécessité de vivre en dignité.
Le « peuple souverain », fondateur en dernière et en première instance de la politique, a fait signe vers un autre faire politique qui doit prendre en charge la juste redistribution, l’égale répartition du bien commun, lequel commun est disponible non pour la jouissance d’un groupe convaincu d’un quelconque droit divin ou naturel à la jouissance privilégiée et sans partage.
On s’étonne des actes de pillage. Des voix prétendument autorisées se lèvent pour vilipender des chairs affamées, épuisées d’attendre les promesses vides d’une politique de mensonge qui a fini par détruire le véritable sens d’être ensemble : la créance dans la parole donnée. Que peut-être la vie politique si la foi dans la parole donnée est ruinée à force de promesse non tenue ? Certains, ces insensibles à la misère nue des « pauvres gens », des « gens du sous-sol » embourbés dans la vie précaire, ces jouisseurs en contexte de crasses, sorte de charognards qui se délectent de la puanteur de la ville,  des « cités »,  sont estomaqués de la colère du peuple et lancent des vociférations comprises d’eux seuls comme des jugements moralisateurs intimant au peuple l’ordre d’être sage. La sagesse ne serait-elle pas superflue face à l’injustice, à l’exploitation et au mal du mépris ? Ces apôtres de la soumission aux politiques de déshumanisation n’ont pas le sens de l’humaine condition dont le fond est la dignité, l’estime de soi, le désir d’être traité comme une personne, dont la grandeur est absolue, non relative à quoique ce soit. Ceux-là, chiens de garde des riches indécents, qui ont fait fortune dans la crasse en entassant crotte de chien et dollars, boue puante et gourdes pourries, devront recevoir la haine du peuple.
Des riches sans fierté de la richesse. Leurs fortunes ne circulent pas, sont entreposées dans des coffres. Ils contemplent leurs fortunes et se croient plus beaux que Narcisse. Voilà. Ils se noient dans leur fortune… Qu’ils se noient dans le fond abyssal du peuple souffrant. Pour la première fois l’argent ne luit pas. Il enténèbre, il fait peur, puisqu’il produit terreur, stupeur et douleur. Ces riches qui ont honte d’eux-mêmes, qui creusent des fosses dans leur matelas pour se protéger de richesse injustement acquise.
Quand le peuple a faim, la richesse des riches n’a aucun de sens, elle devient indécence. Elle prend la forme de l’insulte, de la provocation.  D’une part, la richesse prend sens du fait qu’elle produit des conditions d’épanouissement du plus grand nombre d’hommes et de femmes. En ce sens, elle fait honneur à l’humanité et se justifie par la mise en œuvre d’institution qui se charge de l’amélioration de la condition humaine toujours exposée au dénuement. D’autre part, cette richesse ne serait que vanité, futilité d’une dynamique d’entassement de ce qui ne dure que le temps de quelques générations. Si la richesse n’atteint pas l’idéal d’humanité, il faut croire qu’elle n’est qu’orgueil d’une âme vidée de son essence, du désir d’éternité. Joindre la richesse à la noblesse de l’immortalité en œuvrant au bien-être de tous, telle est la vocation du riche. Un tel idéal met l’avare à mal, lui qui a l’âme trop exigüe, contigüe à son argent, qu’il est incapable de s’élever à la hauteur de la générosité, qui est le devoir de l’être-homme-ensemble dans la précarité fondamentale de l’existence. Ainsi aurait-on rencontré la perspective éthique du divin, ainsi deviendrait-on expression de la divinité, ultime générosité de l’être qui se donne entièrement à nous pour notre plénitude.
On croit à tort que l’égalité est un produit de la vie sociale, l’égalité est la condition essentielle d’être ensemble; elle précède tout ordre social en lui donnant sens. C’est pourquoi manquer à son institution condamne tout ordre socio-politique à connaître l’interminable instabilité de la violence. Tout ce qui distord l’ordre d’égalité produit dans la sphère de la politique une dynamique qui l’annule et la dissout en son contraire, en une jungle. Ainsi tout traduit la dissolution de la politique. Quand c’est le peuple qui dissout l’ordre d’injustice de la classe des riches,  de la classe des rentiers, il en appelle au rétablissement de l’ordre d’égalité, à l’ordre véritable de la politique dont le sens est l’égale condition de réalisation de soi de chacun, indépendamment de son appartenance à une généalogie ou une sociohistoire quelconque. La démocratie promeut un seul principe de privilège, le principe de citoyenneté. C’est dans cette perspective qu’il faut procéder à un travail de pensée qui sera guidé par le souci d’instituer un style unifié de citoyenneté pour couper court aux plusieurs régimes de citoyenneté qui ont inspiré les politiques d’éducation et de santé dans l’histoire sociale et politique d’Haïti.
Il est surprenant d’observer que les “indices” auxquels ont donné lieu les événements des 6 et 7 juillet ont été couverts de bavardages et non de pensées. Aucune pensée pour sauver le malaise social profond auquel est confronté l’Etat haïtien. Que de bavardages! Pourtant, on devra d’abord entreprendre un diagnostic rigoureux et patient, sans complaisance à l’égard d’aucun maître et seigneur, ensuite proposer la mise en place de véritables correctifs pour redresser l’ordre social tordu, qui a produit les souffrances les plus ignominieuses, les conditions de vie les plus avilissantes.
Des bavardages insipides présentent la colère populaire comme manifestation de barbarie, d’autres s’usent sur des envolées politiciennes renvoyant la revendication fondamentale d’un régime d’égalité à une simple affaire de faim. En s’en prenant au Parlement, le symbole de sa souveraineté représentée, le peuple signifie la nécessité d’un nouvel ordre politique, marqué par le refus de l’accumulation-exploitation-spoliation (que représente Boulos, qui devient la figure paradigmatique de l’enrichissement honteux). Tous s’interdisent d’aborder le nœud de la question, qui peut prendre cette formulation: quel est le sens du vivre-ensemble haïtien dans un contexte de prédation révoltante ?Pourquoi sommes-nous encore ensemble dans la société haïtienne, quand le fait d’être ensemble ne profite qu’à quelques-uns ? À quoi sert l’Etat haïtien s’il est du côté des prédateurs, de ceux qui mettent la vie des citoyens en danger ?
Historiquement, il est remarqué que la société haïtienne s’est constituée sur un déséquilibre fondé sur la propriété et le sang ou la couleur de peau, sur l’économie et la biologie.
Quand l’économie rencontre la biologie pour inventer la politique, elle produit un monstre, la hiérarchie parmi les hommes, la naturalisation des rapports sociaux.
Ceux qui ont eu la couleur de peau et la propriété ont eu avec eux les appareils d’Etat de contrainte et de jouissance. Ceux qui n’ont pas eu la couleur de peau et la propriété ont toute la misère avec eux: leur domination a trouvé son fondement dans leur “race”. Certains d’entre eux sont contraints de partir à  Cuba, en République dominicaine, de se conspuer dans les bidonvilles des DOMs français (Guadeloupe, Martinique et Guyane), de la France métropolitaine, des Etats-Unis et du Canada, actuellement du Brésil et du Chili. Ils sont devenus la plèbe du monde,  fils et filles d’africains que d’aucuns, les ayant droit, héritiers des colons et de la couleur épidermique, pensent qu’il faudra renvoyer à leur terre d’origine, l’Afrique. Donc, la société se divise entre propriétaires de cette terre et  les esclaves qui doivent la travailler, entre ceux qui s’emmurent de leur privilège de toutes sortes et ceux abandonnés à la rue, à la mendicité chronique, à la souffrance d’être. Ceux-là sont déniés du fait de deux choses : ils revendiquent un ordre d’égalité sur quoi fonder leur désir de liberté, ils se refusent à travailler au profit d’autres (travailler pour soi représente pour eux la seule condition de se récupérer, de retrouver après le long périple de l’esclavage leur corps affecté de mille maux); ils se refusent à se faire exploiter,  en souvenir du système colonial dévoilé,  et font le choix de l’errance et de la culture de subsistance. Bref, ils résistent. Au fond, un principe gît au cœur de cette pratique de marronnage: tant que l’on ne s’entend pas sur le principe d’égalité, à chacun sa société.
La dynamique sociohistorique aidant, les contraintes socioéconomiques ont forcé une malencontre, une mauvaise rencontre des deux groupes dans les périphéries des villes, au nom de l’exploitation-usure pour l’un, la survie pour l’autre. Ce fût d’abord, conséquence de l’échec de la culture de subsistance, ce fut aussi l’échec de la politique de la rente qui a besoin de la voie de sous-traitance pour se renouveler. Cette rencontre inopportune conduit à une dynamique macabre de déni réciproque et de soutien paradoxal. Une liaison tendue, faite de mépris, de haine de soi, structure les formes de vie sous le fond de l’incorrigible inégalité qui trouve sa matière de fructification dans les miettes entassées par le groupe de riches rentiers, de revendeurs moyens (ailleurs, je les ai nommés quincaillers qui se prennent pour entrepreneurs) du capitalisme international. Tous les matins, quand l’ouvrier va à la SONAPI ou à une entreprise quelconque, privée ou publique, il creuse l’écart, il s’enterre de la boue du système d’usure. Il s’use en structurant davantage l’inégalité, il conforte l’ordre d’injustice en cherchant à « gagner » sa vie. Le système d’inégalité se maintient de l’inégalité. La seule issue est de le démanteler.
Ce court récit, rapide, schématique, permet par ailleurs de restituer l’essentiel de cette dynamique d’inégalité et d’injustice qui a été contesté les 6 et 7 juillet. Contester, c’est-à-dire, passer à un nouvel ordre social, politique et économique en ayant à l’œil l’atavisme raciste qui a la vie dure et risque de revenir sur d’autres formes.
Si le peuple est souverain, ses revendications jouent la fonction de légitimation. Ce qui est à légitimer,  ce n’est pas les casses ou les pillages qui sont des épiphénomènes d’un malaise plus profond : le besoin d’un ordre sociopolitique capable d’assurer la pleine réalisation de chacun, en dehors duquel l’ordre social politique et économique n’a pas de raison d’être et dont personne ne doit tirer plus de profit que d’autres. Voici le sens le plus fondamental des mobilisations de la première semaine de juillet : dans un système d’injustice, la sécurité n’est jamais assurée entièrement. Personne ne saurait en jouir définitivement.  Avoir les appareils de coercition ne garantit pas la paix de ceux-là qui les détiennent. L’appauvrissement et l’enrichissement que produit l’inégalité manque de justification de droit, même s’ils prennent appui sur le fait des forces répressives. Ce qui produit une illusion politique qui nourrit toutes les pratiques de politique de répression: la force véritable est celle de la “multitude”, imprévisible, surprenante et redoutable dans son déploiement.
Quand le peuple se meut en multitude en vue de revendiquer les pratiques de spoliation, de corruption et de concussion, seul le changement d’orientation politique en direction de l’assainissement moral des pratiques peut restaurer son statut de peuple souverain.  Autrement,  il se fonde dans son propre mouvement qui devient imprévisibilité,  instabilité et impulsion débordante. Ne pas comprendre ce principe de fondation démocratique, c’est encourir le risque de se perdre dans une situation de tumulte, de turbulence politique où se pose la question du sens de l’Etat,  c’est-à-dire de la raison d’être ceux qui l’habitent et lui donnent crédibilité. C’est surtout encourir le risque du désenchantement de la politique qui conduira inévitablement à son contraire, l’anomie,  à l’absence de figure de respectabilité et de crédibilité, à la non pertinence des principes du droit et de la morale, à un état vidé de ses repères moraux ou éthiques.  A ce moment, dans un autre sens,  il faut dire qu’on arrive à un ordre d’égalité, celui de la force, de la spontanéité de la gestion de la vie et de la mort. L’égale puissance de chacun à donner la mort à chacun.
Cette situation guette l’avenir de la société haïtienne.
Dans un tel contexte, la nécessité d’avoir des hommes et des femmes de grandeur d’âme capable de s’élever à un lieu supérieur d’humanité, par delà les appartenances partisanes, au profit de l’idéal de justice, d’égalité et d’humanité digne, devient un impératif politique supérieur, qui dépasse la simple gestion de la quotidienneté vers la fondation du vivre-ensemble dans la justice et la dignité. Ainsi on parviendra à créer une brèche dans le dispositif de production d’êtres inutiles afin d’apaiser les bruits et fureurs des âmes libérées de tout principe éthique au nom de la conservation de la vie. Laisser à la vie le soin d’elle-même dans ce cas où elle est ramenée à son aspect animal, se nourrir et se reproduire, c’est instituer une dynamique de violences interminables dont les conséquences sont difficilement prévisibles.
En ce moment, la société haïtienne a besoin d’une instance morale qui saura se préserver et la préserver de cet élan animal et s’installer, l’installer dans la sphère supérieure de la moralité pour inventer un ordre humain de justice, de dignité et bien-être.
Source première : Haiti Press Network (HPN)
Notre source : https://paenserhaiti.blogspot.com/2018/08/si-le-peuple-est-souverain-mettons-nous_64.html?spref=fb

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« Le créole haïtien dans la tourmente ? », un essai de Fortenel Thélusma http://galoukoutou.com/le-creole-haitien-dans-la-tourmente-un-essai-de-fortenel-thelusma/ http://galoukoutou.com/le-creole-haitien-dans-la-tourmente-un-essai-de-fortenel-thelusma/#respond Thu, 02 Aug 2018 17:27:51 +0000 http://galoukoutou.com/?p=400 Par Ethson Otilien Professeur FASCH/UEH Publié le 2018-07-26 | Le Nouvelliste « Le créole haïtien dans la tourmente ? Faits probants, analyse et perspectives » est le dernier livre de Fortenel Thélusma qu’il vient de signer les 31 mai et 1er juin de cette année à Livres en folie au jardin du Mupanah.   Thélusma […]

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Par Ethson Otilien

Professeur FASCH/UEH

Publié le 2018-07-26 | Le Nouvelliste

« Le créole haïtien dans la tourmente ? Faits probants, analyse et perspectives » est le dernier livre de Fortenel Thélusma qu’il vient de signer les 31 mai et 1er juin de cette année à Livres en folie au jardin du Mupanah.

 

Thélusma n’est pas à son coup d’essai, il a déjà publié deux essais : Eléments didactiques du créole et du français : le cas de la prédication nominale, des verbes pronominaux et du conditionnel (2009) Imprimerie Editions des Antilles S.A. ; L’enseignement-apprentissage du français en Haïti : constats et propositions, (2016) C3 Editions. C’est un professeur de carrière qui a laissé son empreinte dans l’enseignement à Haïti d’une double manière non seulement par son enseignement tant au CFEF de Port-au-Prince comme enseignant et responsable, comme professeur à l’Université d’Etat d’Haïti mais également en tant qu’auteur de manuels scolaires et d’essais à caractère scientifique. Malheureusement, les deux premiers essais du professeur Thélusma n’ont pas eu l’écho qu’ils méritent par manque de promotion. Le dernier en date « Le créole haïtien dans la tourmente? Faits probants, analyse et perspectives » est intéressant à lire à bien des égards.

Dès l’introduction de « Le créole haïtien dans la tourmente ? », l’auteur évoque l’échec de la réforme de l’ancien ministre Joseph C. Bernard (1979-1980) au moment de son implémentation., car « toutes les mesures prévues n’ont pas été suivies d’effet ». Cette réforme introduisait pour la première fois dans l’éducation à Haïti le créole comme langue-outil et langue-objet. Langue-outil, le créole allait être utilisé comme outil transversal pour enseigner les autres matières ; langue-objet, le créole allait être enseigné comme langue maternelle. Une deuxième nouveauté concerne la création des filières : « bac technique », « bac pédagogique », et « enseignement classique ». Ces deux changements annonçaient également une nouvelle méthode appelée pédagogie par objectifs, où l’apprenant se situe vraiment au centre de l’enseignement. Cette réforme applaudie des deux mains par l’étranger et par de nombreux Haïtiens a croisé de plein fouet le désamour et l’opposition non seulement de ceux qui allaient être les principaux bénéficiaires, c’est-à-dire les couches défavorisées qui ne juraient que par le français d’après le rapport de l’étude commanditée par le MENJS (ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, nom de l’époque ; aujourd’hui, ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle – MENFP) mais également de nombreux représentants du statu quo.

Le livre du professeur Thélusma contient six chapitres, le premier chapitre analyse un rapport d’étude commanditée par le MENJS en 1999 qui avait « pour objectifs une compréhension de la problématique linguistique dans les salles de classe et la recherche des pistes de solution au regard des résultats obtenus », « la compétence des apprenants » en créole et en français, et bien d’autres. L’étude révèle que le français est perçu comme un outil « de la promotion et de la mobilité sociales, la langue de prestige, celle qui donne l’accès à l’extérieur » ; « le créole, lui, est considéré comme la langue de l’identité nationale, celle qui assure la communication à l’intérieur d’Haïti, mais aussi celle qui entrave la mobilité sociale ». L’étude indique également une performance plus importante en communication créole qu’en communication française, et la plupart des parents, des enseignants, des élèves issus surtout des couches défavorisées ont une mauvaise représentation du créole, leur langue maternelle, la langue qu’ils maîtrisent le mieux. Malgré l’importance du rapport d’étude, le professeur en souligne quelques failles, des données qui ont été mal appréciées par les chercheurs qui ont réalisé l’étude « considérer le créole comme une langue informelle parce que peu appréciée dans le milieu ou plus utilisée à l’oral qu’à l’écrit ou encore parce que des parents pensent que le créole n’aurait pas de règles ou en aurait très peu, ce sont des erreurs graves. Bien entendu, il y a une très grande différence entre opinion et fait, entre préjugé et réalité. Que la langue créole soit plus utilisée dans la presse parlée, cela fait l’objet de choix ou de lacune de la part de cette entité, mais ne le rend pas informelle. Cette situation ne renvoie pas à la “non-codification” ou à la “non-standardisation du créole” ».

Le deuxième chapitre du livre met en évidence des problèmes d’intercompréhension que posent, au niveau de l’échange verbal, l’utilisation des structures morphosyntaxiques étrangères au créole rencontrées chez la plupart des scolarisés haïtiens. Ceux-ci se retrouvent dans un dualisme où le créole subit très fortement l’influence du français. Le professeur dénombre quelques bribes de phrase et mots à syntaxe et morphologie inexactes : Di bonjou avèk* – remèsye avèk*- Di byenvini avèk* – Remèt (dokiman) avèk* – Prezante konpliman avèk*; chevo* – eta jenewo* – rezososyo* – kapowo*. L’auteur, après avoir montré comment fonctionne le créole, démontre que ces formes utilisées par beaucoup de scolarisés sont un écart par rapport aux règles de fonctionnement morphosyntaxique du créole haïtien. Il explique ce phénomène par une certaine insécurité linguistique. Il préconise une politique et une planification linguistiques qui serviraient à fixer le rôle et l’utilisation des deux langues dans la société. Il propose d’« instituer dans l’espace public un plaidoyer pour la reconnaissance des droits linguistiques en Haïti ». Je laisse le soin aux lecteurs de découvrir les quatre autres chapitres qui ne sont pas moins importants que les deux premiers : Chapitre III – L’école fondamentale de 1982 à nos jours : A-t-elle rempli sa mission ? ; Chapitre IV – Créolophones unilingues haïtiens et bilingues haïtiens : Comment se passe la communication entre eux ? ; Chapitre V – L’aménagement du créole et du français en Haïti : doit-il inclure l’université ? Chapitre VI – Le créole haïtien et ses richesses : quelques faits probants. Au cours des différents chapitres, le lecteur apercevra la maîtrise de l’auteur du système éducatif haïtien et les problèmes de son échec. Le texte est rédigé dans une écriture lisse, un style simple, non ampoulé, ce qui permettra au lecteur lambda de se retrouver plus facilement.

En dépit de l’analyse très intelligente et très lucide du professeur Thélusma de la situation linguistique en Haïti, plus particulièrement à l’école haïtienne, il convient de souligner certaines légèretés de forme et de fond dans son texte. Je soulignerai une seule ou deux légèretés de forme. En parlant de la chercheure Charlier-Doucet (chapitre I), l’auteur la qualifie tantôt de linguiste tantôt de sociologue sans mentionner au préalable si la chercheure possède ses deux qualifications. En second lieu, il y a une mise en forme du texte qui n’est pas assez systématisée en tenant compte des mises en forme de tous les chapitres. Je soulignerai une seule ou deux légèretés de fond. Aux pages 55 et 56, l’auteur évoque la complexité de la situation linguistique en Haïti, définit ce qu’est une langue seconde et conclut contre toute attente, la mienne en premier, que vu « le statut du français sur le [sic] plan [sic] juridique et social, de son rôle dans l’enseignement en général, dans l’administration, il est normal de le considérer comme langue seconde en Haïti ». La situation linguistique est très complexe en Haïti, quelques rares personnes peuvent prétendre (si cela existe) que le français est leur langue maternelle, 100% des Haïtiens parlent créole comme première langue (ou plus rarement comme une deuxième langue ou langue seconde), un pourcentage de 5 – 10%, d’après l’auteur, parlent français – en plus, ceux qui peuvent s’exprimer en français peuvent le faire à des degrés divers à l’oral ou à l’écrit, donc comment parler de méthode de langue seconde ou de langue seconde tout court pour les 90% autres qui ne peuvent s’exprimer en français. Faut-il utiliser la méthode de langue étrangère pour certains ou/et la méthode de langue seconde pour d’autres. C’est cette question-là à laquelle je m’attendais – ou mieux, une série d’autres interrogations, qui, à mon avis, méritent d’être posées avant de conclure aussi vite. De plus, le statut de langue officielle n’est qu’une décision politique et peut ne pas correspondre totalement à la réalité sociale. Ce n’est qu’un choix politique en fonction des idéologies, des besoins et des circonstances.

Prenons, sans l’analyser, l’exemple de la situation linguistique au Rwanda (La loi Fondamentale du 18 juin 1996, modifiant la Constitution du 10 juin 1991 (art. 4) , stipula que les langues officielles du Rwanda sont : le Kinyarwanda, le français et l’anglais – avant cette date seuls le Kinyarwanda et le français jouissaient de ce statut), en 2003, sous le président Kagamé , le français a cédé la préséance à l’anglais : enseignement, administration, justice, commerce, et bien d’autres. Bon! je m’arrête là en laissant aux lecteurs le soin de découvrir les réflexions et les analyses lucides d’un linguiste, d’un didacticien et d’un professeur de carrière: Fortenel Thélusma.

Qui viendra délivrer le créole, notre langue maternelle dans ses tourments ? En attendant de trouver une réponse probante à la question, je vous recommande vivement « Le créole haïtien dans la tourmente? Faits probants, analyse et perspectives » de Fortenel Thélusma.

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Qui s’envolera au secours de l’ENARTS ? http://galoukoutou.com/qui-senvolera-au-secours-de-lenarts/ http://galoukoutou.com/qui-senvolera-au-secours-de-lenarts/#comments Wed, 11 Apr 2018 03:39:25 +0000 http://galoukoutou.com/?p=373 The 2018 World Cup is fast approaching, with national sides making their final preparations ahead of this summer’s tournament. We now know the groups after December’s draw. England have been put together with Belgium, Tunisia and Panama in Group G. Gareth Southgate’s side were not among the top seeds, meaning they featured in pot two […]

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The 2018 World Cup is fast approaching, with national sides making their final preparations ahead of this summer’s tournament.

We now know the groups after December’s draw. England have been put together with Belgium, Tunisia and Panama in Group G.

Gareth Southgate’s side were not among the top seeds, meaning they featured in pot two during the proceedings.

And with England’s route now mapped out, Southgate will be able to ramp up preparations for the 2018 tournament. 2018 World cup, football News ,Gaming ,Betscore ,Casino …..Sports.vin

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Un autre mot qui a disparu de notre vocabulaire créole : Vavote* http://galoukoutou.com/un-autre-mot-qui-disparu-de-notre-vocabulaire-creole-vavote/ http://galoukoutou.com/un-autre-mot-qui-disparu-de-notre-vocabulaire-creole-vavote/#respond Thu, 22 Mar 2018 17:31:04 +0000 http://galoukoutou.com/?p=370 Par Max Manigat** maxmanigat@aol.com   Ce matin, constatant que le dessus d’un comptoir dans la cuisine me paraissait, comme d’habitude,  d’une grande immaculée je fis à Nicole cette réflexion : que les petits ravèt se gardaient bien de venir vavote sur cette surface parce qu’elle prend soin de la désinfecter chaque soir. La réflexion faite en […]

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Par Max Manigat**

maxmanigat@aol.com

 

Ce matin, constatant que le dessus d’un comptoir dans la cuisine me paraissait, comme d’habitude,  d’une grande immaculée je fis à Nicole cette réflexion : que les petits ravèt se gardaient bien de venir vavote sur cette surface parce qu’elle prend soin de la désinfecter chaque soir. La réflexion faite en créole contenait le mot VAVOTE (prononcer : vavoté) qui m’est venu à la bouche tout naturellement. En y réfléchissant, je m’aperçus que je ne l’avais pas employé depuis des lustres bien que le connaissant depuis mon adolescence. Il a le sens de : « prendre ses ébats, se vautrer ». Je décidai de le chercher dans les deux dictionnaires bilingues créole-anglais de Bryant C. Freeman (2004) et d’Albert Valdman (2007). À défaut d’un dictionnaire créole contemporain complet, ces deux ouvrages me servent de référence. VAVOTE (prononcer : vavoté) n’est entré ni dans l’un ni dans l’autre.

Il me fallait donc poursuivre mes recherches. Je pensai à : « L’édifice créole en Haïti » (2002) de Jeannot Hilaire, chap. XXVI  1 : «Vocabulaire provenant du groupe français » pp. 457- 484. Le mot VAVOTE (prononcer : vavoté) ne s’y trouve pas.

J’ai donc conclu qu’il avait disparu de notre vocabulaire moderne. Il me restait à consulter le « Dictionnaire français-créole » (publié en 1974 mais rédigé dans les années 1930-1940) de Jules Faine. VAVOTER n’y figure pas, mais quid de BARBOTER (« de l’ancien français bourbouter, patauger dans la boue. ») ? Eurêka ! Faine le présente comme :

«  v. intr. –vavoler (sic) (NOR) [ce serait plutôt : vavoter] ; patager (sic) [ce serait plutôt : patauger],  fais paquias[1], laboue ; vautrer nans laboue ; jouer, fouiller lans laboue ; bader ac laboue. » p. 60

Il nous offre encore deux autres mots de la même famille :

  1. « barbotage = (gâchis), – Gagòte [gagòt] ; gagotage [gagotaj] ; … vavotage [vavotaj], (NOR) » ibid.

et

  1. « barbotement = (action de barboter), n. – Paquias[1] ou patias[2]; gargotage[gagotaj], (aille) [gagotay], vavotage [vavotaj]. – V. barbotage,  »

Faine nous apprend que ces mots sont normands (NOR).

À l’article : « créole » de son « Dictionnaire… »  il écrit : « Le créole haïtien est une langue néo-romane issue des dialectes et patois de la langue d’oïl, notamment du normand… » p. 149. C’était dans les années 1930… D’autres études modernes sur les origines des créoles vont au-delà de cette simple proposition de Faine. Nous reconnaissons, cependant, que les « dialectes et patois de la langue d’oïl, notamment [le] normand… » nous ont légué bon nombre de mots du vocabulaire de notre langue nationale.

Je n’ai eu aucune difficulté à trouver sur la toile le « Dictionnaire du patois normand » par E. et A. Duméril. Caen, 1849, 222 p.

Deux entrées :

  1. VARVOT – (p. 215) Boue claire ; Eau sale. On dit aussi Varva et Verva.

et

  1. VARVOTER – (p. 215) Marcher dans du varvot; Barboter ; nous mettent sur la bonne piste.

 

Le VAVOTE [N] (prononcer : vavoté) de ma jeunesse capoise existe et pourrait être employé, au besoin, par les gens de mon âge. Il a une connotation négative : ♦ Ravèt yo ap vavote lan asyèt sal yo. [Les blattes barbotent dans les assiettes sales.]

 

*

Notes :

[1] et [2] Paquias et patias semblent avoir disparu. On ne les trouve pas dans Freeman ou Valdman.

Faine définit « Paquias » dans « Philologie créole » :

« s.c. chose sale, en vrac. De l’angevin pekias, péquias chose sale. Terme enfantin syn, de k.k. que les mères allongent souvent en péquiaquias. » p. 273

_________

* Cet article paraît aussi dans « Haïti en Marche » sous le titre : « Connaissez-vous votre créole : «Vavote ».

** Max Manigat est l’auteur de « Mots créoles du Nord d’Haïti. Origines – Histoire – Souvenirs » [MCNH] (2006) et du supplément : « Origines, Histoire et souvenirs de 600 mots créoles de ma jeunesse capoise » in « Cap-Haïtien. Excursions dans le temps. Au fil de nos souvenirs » (2014) pp. 223-346.

Il est membre de l’AKA.

 

 

 

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Un symposium pour discuter d’Haïti, de la CARICOM et de la Caraïbe http://galoukoutou.com/un-symposium-pour-discuter-dhaiti-de-la-caricom-et-de-la-caraibe/ http://galoukoutou.com/un-symposium-pour-discuter-dhaiti-de-la-caricom-et-de-la-caraibe/#respond Wed, 14 Mar 2018 16:50:46 +0000 http://galoukoutou.com/?p=366 Par Ethson Otilien ethsotilien@gmail.com Professeur FASCH / UEH Le vendredi 23 février 2018, le Centre Challenges (Centre de consultations et d’études spécialisées en sciences humaines et sociales) a organisé un Symposium autour du thème « HAITI, LA CARICOM ET LA CARAIBE ». Ce symposium, qui s’est déroulé à la Faculté de médecine et de pharmacie […]

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Par Ethson Otilien

ethsotilien@gmail.com

Professeur FASCH / UEH

Le vendredi 23 février 2018, le Centre Challenges (Centre de consultations et d’études spécialisées en sciences humaines et sociales) a organisé un Symposium autour du thème « HAITI, LA CARICOM ET LA CARAIBE ». Ce symposium, qui s’est déroulé à la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université d’État d’Haïti, a réuni des personnalités politiques, des professeurs d’université, des étudiants, des journalistes et des représentants de la société civile.

Publié le 2018-02-27 | Le Nouvelliste

Le symposium s’est déroulé dans le contexte de la présidence tournante d’Haïti de la CARICOM et en prélude à la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM qui aura lieu à Port-au-Prince les 26 et 27 février 2018. Pour la circonstance, le Centre Challenges a réuni une brochette de 6 personnalités comme panélistes, dont Mme Mirlande Manigat, docteur en sciences politiques, professeur à l’Université Quisqueya ; Chenet St-Vil, coordonnateur général du BACOZ (Bureau de coordination et de suivi des accords CARICOM, OMC et ZLEA) ; Daniel Elie, consultant pour les questions d’intégration économique ; Patrick Saint-Pré, journaliste économique au journal Le Nouvelliste ; Dr Watson Denis, professeur d’histoire et de relations internationales à l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Le symposium a débuté avec les propos du directeur exécutif du Centre Challenges, le professeur Watson Denis. Dans son intervention, il a placé l’événement du jour dans son contexte : offrir un espace de débat aux universitaires et institutions de la société civile en vue de discuter de l’intégration d’’Haïti au sein de la CARICOM et des enjeux autour du mouvement d’intégration de la CARICOM. Par ailleurs, il a déclaré que « du point d’ancrage politique et d’espace géographique, Haïti a désormais une destinée commune avec la CARICOM ».

Par la suite, les membres du panel ont tour à tour fait leur présentation, qui a été suivie à chaque fois par des séances de discussion. D’abord, la professeure Manigat présentait les différentes tentatives d’Haïti de faire partie de la CARICOM. En ce moment-là, les objectifs de la diplomatie haïtienne étaient situés à quatre niveaux: 1) un besoin de reconnaissance internationale ; 2) une opportunité conjoncturelle ; 3) un intérêt stratégique ; 4) la volonté internationale. À cette époque, plus précisément en 1974, le président-dictateur Jean-Claude Duvalier cherchait une reconnaissance internationale, c’est pour cela que son gouvernement a présenté un dossier de candidature pour être membre de la CARICOM qui a reçu une fin de non-recevoir, car le dossier présentait d’énormes légèretés. Quelques années plus tard, Haïti, une nouvelle fois, a tenté avec un meilleur dossier pour lequel elle a reçu une « chaise de strapotin au lieu d’un siège » à la CARICOM. Un siège d’observateur a été offert à la seule PMA de l’Amérique. En 1997, le président René G. Préval a présenté une nouvelle fois la candidature de Haïti à la Caricom et a pris l’engagement de respecter le processus d’intégration et en 2002, Haïti a été admise comme membre à part entière de cette organisation. Haïti a signé le Traité de Charaguamas et le CSME, toutefois, selon les dires de la professeure, Haïti n’a pas cherché les avantages que la CARICOM peut offrir.

Pour sa part, le consultant Jean-Daniel Élie s’est planché sur le CSME (Marché et économie uniques de la CARICOM. Il a souligné qu’à la fondation de la CARICOM, en 1973, le traité de Charaguamas instituait deux entités : la Communauté de la CARICOM et le Marché commun de la CARICOM. Par ailleurs, en 1989, le traité de Charaguamas a été révisé à une réunion à Grand’Anse, en Grenade, dans le souci de réorienter et de réadapter le mouvement d’intégration. Cela était dû à un besoin de s’aligner sur ce qui se fait au niveau international, notamment au niveau de « l’OMC qui mettait l’accent sur la globalisation des échanges ». Le traité révisé de 2001 mettait en place de nouvelles approches, des régulations, « et à partir de là, on ne va plus parler du Marché commun mais [plutôt] du Marché et de l’économie uniques ».

Ce marché unique qui « est opérationnel depuis 2006 » instituait des régulations nouvelles, des normes nouvelles dans les échanges commerciaux entre les États membres. Haïti, pour participer effectivement au Marché unique, doit mettre en application le tarif extérieur commun, les règles d’origine, les normes de spécification technique et appliquer les normes déjà en vigueur dans la région. Or, le tarif douanier haïtien est très bas par rapport au tarif douanier de la Caricom, donc Haïti doit s’aligner sur le tarif douanier de la CARICOM, ce qui est difficile dans l’état actuel des choses.

Les quatre autres conférenciers ont montré l’importance pour Haïti de s’intégrer ou de mieux s’intégrer au sein de la CARICOM, en particulier dans le Marché et l’économie uniques de la CARICOM. D’une part, Mme Martine Deverson, ancienne ministre et membre du secteur privé, a montré l’importance d’alléger les démarches de déplacement pour les hommes et femmes d’affaires, ce qui permettrait de dynamiser les rapports commerciaux avec les autres États membres. D’autre part, Chenet St-Vil a expliqué le rôle que joue le BACOZ auprès de la CARICOM. De son côté, Patrick Saint-Pré a développé le rôle de la Banque de développement de la Caraïbe (CDB, en anglais) et pourquoi Haïti ne peut pas bénéficier des prêts comme d’autres États membres de la CARICOM. Il a expliqué qu’Haïti est devenue un État insolvable, un pays instable politiquement, elle ne donne aucune garantie de remboursement des prêts bancaires. De ce fait, elle ne bénéficie que de l’assistance de la CDB.

Enfin, le professeur Watson Denis a montré ce qu’Haïti pourra faire pour marquer sa présidence tournante. Selon le professeur, avec la présidence tournante de la CARICOM, Haïti peut jouer un rôle de leadership dans le cadre du multilatéralisme au niveau régional. À ce propos, il a proposé une réunion de CARIFORUM (CARICOM, République dominicaine et Cuba) en Haïti pour démontrer l’ouverture de la diplomatie haïtienne dans les relations internationales. Par ailleurs, le directeur-exécutif du Centre Challenges a souligné que la tenue de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM à Port-au-Prince donnera un peu de visibilité à Haïti et au-delà d’Haïti et à l’administration Jovenel Moïse. Cette conférence démontre la capacité du pays à accueillir des chefs d’État et de gouvernement de la région des Caraïbes.

Les différentes conférences ont donné lieu à des débats très animés au niveau des panélistes, personnalités, professeurs, étudiants et journalistes qui assistaient au symposium. La présence des professeurs Roosevelt Millard, Ethson Otilien, Jérôme Lacoste, Suze Matthieu ont rehaussé le débat en ajoutant des grains à moudre à celui-ci.

Le symposium a pris fin avec les propos de remerciments du professeur Watson Denis. Il a profité de l’occasion pour annoncer le lancement et la vente-signature de l’ouvrage collectif intitulé Haïti, la CARICOM et la Caraïbe. Questions d’économie politique, d’intégration économique et de relations internationales, paru sous sa direction, le lundi 26 février 2018 à Port-au-Prince.

Ce symposium, qui a rassemblé une soixantaine de participants, parmi eux des étudiants, des professeurs d’université, des politiques, des journalistes, des hommes et femmes d’affaires, mérite d’avoir plus d’écho en Haïti où la plupart des gens ne maîtrisent pas l’enjeu de la diplomatie et de la géopolitique.

 

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Ki sa KARIKÒM ye ? http://galoukoutou.com/ki-sa-karikom-ye/ http://galoukoutou.com/ki-sa-karikom-ye/#respond Thu, 22 Feb 2018 18:04:37 +0000 http://galoukoutou.com/?p=359  Ethson Otilien, Anseyan (FASCH/UEH)   « Pesonn pa yon zile … ; chak moun se yon moso nan yon kontinan ». Se konsa yon powèt angle yo rele John Donne esprime l pou montre pesonn pa ka viv pou kont li. Lè n ap pale de Jewopolitik nan 21èm syèk la, nou kapab chanje pawòl Donne yo konsa : […]

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 Ethson Otilien,

Anseyan (FASCH/UEH)

 

« Pesonn pa yon zile … ; chak moun se yon moso nan yon kontinan ». Se konsa yon powèt angle yo rele John Donne esprime l pou montre pesonn pa ka viv pou kont li. Lè n ap pale de Jewopolitik nan 21èm syèk la, nou kapab chanje pawòl Donne yo konsa : okenn zile pa ka izole tèt li, chak zile se yon moso nan yon blòk. Lè nou teni kont de yon seri de gwo peyi k ap fè blòk ak lòt gwo peyi parèy yo (egz. Inyon Ewopeyèn), yon seri de peyi mwen devlope k ap fè blòk ak lòt peyi mwen devlope parèy yo (MERCOSUR), nou rive konprann jodi a ti zile yo oblije fè blòk pou yo ka reziste ak konkirans, presyon politik, presyon ekonomik gwo peyi yo ap fè nan monn nan. Atik sa a pral koumanse rakonte nou istwa mouvman entegrasyon nan Karayib la pou rive bay Karikòm e l ap pale tou de misyon enstitisyon an, sa li ka pote pou peyi manm yo. N ava pran ti chèz ba nou pou nou li kisa atik sa a pote nan djakout li. Li pa fèt pou espesyalis, men nou te panse ak moun ki pa konn G A = ga nan kesyon Karikòm e ki vle konnen sa li ye e ki sa Eta manm yo ka benefisye ladan ni. Nou pa dwe bliye tou Ayiti ap resevwa reyinyon Karikòm ane sa a 26 ak 27 fevriye. Nou mèt konsidere atik sa a kòm premye pati yon atik ki pral pale Ayiti nan Karikòm nan.

Ti listwa sou mouvman entegrasyon nan Karayib la

Yon seri peyi kolonizatè Ewopeyen tankou Angle, Espanyòl, Franse ak Olandè te eseye, depi anvan, mete koloni pa yo  ansanm selon mòd òganizasyon pa yo. Se konsa Angle yo, pou yo te ka diminye lajan jesyon ak fonksyònman koloni yo koute te koumanse regwoupe zile pa li yo ansanm an federasyon ak zile tankou Ondiras, Giyana, Jamayik ak on seri lòt Ti Antiy. Sanble premye inisyativ la te koumanse ak Federasyon Bannzil-Anba-Van (1674 – 1798)[1] ; vin gen yon lòt Federasyon Bannzil-Anba-Van tou nèf yo vin fè kote gen lòt peyi ki vin ajoute ladan ni (1871 – 1956) ; vin gen Federasyon Bannzil-Nan-Van ak Babad (1833 – 1885) ; annapre vin gen Federasyon Zenn Oksidantal (1958 – 1962) ak yon lòt ki sanble ak li ki te rele Federasyon Ti Antiy (1962 – 1965). Mouvman entegrasyon sa yo te gen, jiska 1960, kòm objektif, yon inyon politik. Echèk inyon politik sa yo, emansipasyon ak endepandandans yon seri koloni nan ane 1960 yo (Bernadie ak Taglioni : 2005) vin koumanse fè Eta ak teritwa sa yo ap reflechi sou lòt objektif. Se konsa, yon seri lidè nan zile sa yo vin ap revandike dwa sivik ak politik yo,  dwa pou yo otonòm, dwa pou yo deside sa k ap bon pou yo e sa vin rann otorite britanik yo vin fèb nan zile sa yo. Pami lidè sa yo nou jwenn Grantley Adams ak H. A. Cube nan zile Babad, Albert Gomes ak L. C. Hannays ki soti Trinidad-ak-Tobago, Norman Washington Manley ak Douglas Judah ki soti Jamayik ak John A. Renwick ki soti Grenad. Konsa, an 1947, seri lidè politik sa yo te reyini Jamayik nan Montego Bey (Montego Bay an angle) e yo pwopoze otorite britanik yo, ki te koumanse pèdi plim nan dezyèm Gè Mondyal la, pou negosye. E se sa menm yo t ap tann, konsa yo tou sote sou okazyon an. Yo rive soti ak lide pou yo kreye yon federasyon otonòm. Konsa, yo kreye Federasyon Zenn Oksidantal ki gen ladan ni : Antigwa-ak-Babouda, Babad, Dominik, Grenad, Jamayik, Monsera, Sann-Kits/Nevis/Angiya, Sent-Lisi, Sen-Vensan ak Trinidad-ak-Tobago. Anpil nan lidè ak dirijan politik te panse sa te ka vin yon fason pou bann zil sa yo vin endepadan. Se sa k fè gen zòt ki pa t mache nan lojik federasyon sa a. Diferans vizyon ak chirepit politik ki te gen nan federasyon sa a te fè li pa t pase anpil tan. Jamayik retire kò l, on ti kras tan annapre Trinidad-ak-Tobago retire kò l tou, de Eta ki gen pi gwo ekonomi nan Federasyon an, se konsa an 1962 Federasyon an kraze. Yon ti kras tan apre, Trinidad-ak-Tobago te pwopoze pou yon fè yon regwoupman sou baz ekonomik pou rejyon an se konsa yo te òganize yon reyinyon espesyal pou sa e an 1968 yon vin kreye Karifta (Carifta : Caribean Free Trade Association / Association de libre-échange des Caraibes / Asosiyasyon lib-echanj Karayib la). Karifta regwoupe plis pase dis peyi : Antigwa, Babad, Giyàn, Grenad, Trinidad-ak-Tobago, Dominik, Beliz, Sen-Vensan, Sent-Lisi, Jamayik, Monsera, Angiya, Sen Kits-ak-Nevis. Karifta te rive konble on seri bezwen Federasyon Zenn Oksidantal pa t ka konble. Prensipal objektif asosiyasyon an se te fasilite devlòpman ekonomik peyi manm li yo, elaji epi divèsifye echanj komèsyal y ap fè ak lòt Eta. Eta ki te siyen akò sa a te vle fini ak fwontyè ki anpeche machandiz sikile lib e libè ant peyi manm yo.

An 1973, Karifta kite plas li pou Karikòm.

 

Nesans mouvman entegrasyon Karikòm

Karikòm fèt nan lide pou yo te ka apwofondi esperyans Karifta a ki te gen pou misyon devlope ak divèsifye komès ant peyi manm asosiyasyon sa a, elimine baryè ak liberalize komès ant peyi manm li yo, garanti kondisyon pou manm yo fè komès ak konkirans yon fason ki lwayal, ankouraje devlopman ekonomi rejyon an. An avril 1973, nan reyinyon Chèf Gouvènman ki te fèt nan Jòjtawonn nan Giyana (Georgetown, Guyana), gouvènman yo te adopte “Akò Jojtawonn” ki t apral mete an plas pi devan kreyasyon Karikòm ki se Mache Komen Karayibeyen pou ranplase Karifta. Se konsa, nan yon reyinyon yo te fè Charagwamas nan Trinidad, an jiyè 1973, yo te siyen “Trete Charagwamas” la (Traité de Charaguamas) ki se ak fondasyon mouvman entegrasyon yo rele Karikòm nan e li te antre an vigè nan mwa out 1973. Men moun ki te siyen Trete Charagwamas la pou lapremyè fwa: Premye minis Babad la, Errol Barrow, Premier minis du Giyana, Forbes Burnham, Premye minis Jamayik la, Michael Manley ak Premye minis Trinidad-ak-Tobago a, Eric Williams.

Gen uit lòt teritwa nan Karayib la ki te vin manm Karikòm an 1974 : Antigwa-ak-Babouda, Beliz, Dominik, Grenad, Monsera, Sent-Lisi, Sen-Kits/Nevis/Angiya (byenke annapre , Angiya te vin kite twa zile sa yo) ak Sen-Vensan-ak-Grenadin. Bahamas te vin trèzyèm manm Kominote a jou ki te 4 jiyè 1983 san l pa fè pati Mache Komen an. Sirinam te vin katòzyèm manm Kominote a nan jou ki te 4 jiyè 1995 la. Ayiti te vin manm pwovizwa nan jou ki te 4 jiyè 1997 e li te vin manm aparantyè jou ki te 4 jiyè 2002.

Akote 15 Eta manm Kominote Karikòm nan nou jwenn 5 manm asosye : Angiya 4 jiyè 1998; Zil-Vyèj-Britanik 2 jiyè 1991; Zil-Tik-ak-Kayikòs 2 jiyè1991; Zil-Kayiman 16 me 2002 ak Bèmid 2 jiyè 2003.

  • Objektif Karikòm

Objektif jeneral Kominote sa a vize espesyalman : 1) Komès ak Kowoperasyon ekonomik ; 2) Kowòdinasyon politik etranje ; 3) Devlopman moun ak devlopman sosyal ; ak 4) Sekirite. Nou pap gen tan devlope kat pwen sa yo ki vrèman fondamantal. Men n ap di premye pwen an te deja  fè pati misyon Karifta men ofiramezi Karikòm ak devlope, òganizasyon an ap transfòme epi ogmante objektif li pou rapwoche Eta Karayib yo pi plis epi vize yon sèten ekilib pou pwogrè Kominote a. Akote objektif Jeneral yo gen objektif espesifik : amelyorasyon kalite vi ak travay, amelyorasyon kowoperasyon fonkyonèl, devlopman ekonomik, konpetitivite, ogmantasyon pwodiksyon ak pwodiktivite, espansyon komès ak lòt Eta, devlopman kiltirèl, devlopman sosyal, devlopman teknik, eksetera.

 

  • Ògàn Karikòm

Kominote a gen de ògàn prensipal a) la Konferans  Chèf Leta ak Gouvènman yo ; ak b) Konsèy Minis Kominote a. Se Konferans lan ki pi gwo otorite nan Kominote a. Se Konferans lan ki la pou detèmine liy politik Kominote a. Konferans lan ka kreye lòt ògàn si li estime sa nesesè pou li kontinye akonpli misyon l. Konsèy Minis Kominote a konpoze ak minis Eta yo delege e Konsèy la jwe wòl nan planifikasyon estratejik ak Kowòdinasyon Kominote a nan dom entegrasyon ekonomik, kowoperasyon fonksyonèl ak relasyon ekstèn. Gen lòt ògàn ki ede yon nan akonpli misyon yo tankou :

 

  1. Konsèy finans ak planifikasyon ; b) Konsèy devlopman ekonomik ak komèsyal ; c) Konsèy relasyon ant letranje ak Kominote a ; ak d) Konsèy devlopman moun ak devlopman sosyal.

 

  • Enstitisyon Karikòm yo
  1. Asanble Palmantè Kominote Karayibeyen – ASSEMBLEE DES PARLEMENTAIRES DE LA COMMUNAUTE CARIBEENNE (ACCP)
  2. Enstiti Karayibeyen pou Rechèch ak Devlopman Agrikòl – INSTITUT CARIBEEN DE RECHERCHE ET DE DEVELOPPEMENT AGRICOLES (CARDI)
  3. Sant Karayibeyen pou devlopman Administrasyon – CENTRE CARIBEEN DU DEVELOPPEMENT DE L’ADMINISTRATION (CARICAD)
  4. Ajans Karayibeyen Jesyon Ijans lè Katastwòf – CARIBEENNE DE GESTION DES URGENCES EN CAS DE CATASTROPHES
  5. Enstiti Karayibeyen Sante anviwònmantal – INSTITUT CARIBEEN DE SANTE ENVIRONNEMENTALE (CEHI)
  6. Enstiti Karayibeyen Alimantasyon ak Nitrisyon – INSTITUT CARIBEEN DE L’ALIMENTATION ET DE LA NUTRITION (CFNI)
  7. Enstiti Karayibeyen Meteyowoloji ak Idwoloji – INSTITUT CARIBEEN DE LA METEOROLOGIE ET DE L’HYDROLOGIE (CIMH)
  8. Òganizasyon Meteyowolojik Karayibeyen – ORGANISATION METEOROLOGIQUE CARIBEENNE (CMO)
  9. Sistèm Karayibeyen Sekirite Ayeryen ak Siveyans Sekirite – SYSTEME CARIBEEN DE LA SECURITE AERIENNE ET DE SURVEILLANCE DE LA SECURITE (CARIBBEAN AVIATION SAFETY AND SECURITY OVERSIGHT SYSTEM, CASSOS)
  10. Sant Chanjman Klimatik Kominote Karayibeyen – CENTRE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE DE LA COMMUNAUTE CARIBEENNE (CCCCC)
  11. Ajans Egzekisyon Kominote Karayib ki Reskonsab Krim ak Sekirite – AGENCE D’EXECUTION DE LA COMMUNAUTE CARIBEENNE RESPONSABLE DU CRIME ET DE LA SECURITE (IMPACS)
  12. Konsèy Karayibeyen Egzamen – CONSEIL CARIBÉEN DES EXAMENS (Caribbean Examinations Council, CXC)
  13. Òganizasyon Karayibeyen Administratè Fiskal – ORGANISATION CARIBEENNE DES ADMINISTRATEURS FISCAUX (COTA)
  14. Mekanis Rejyonal Pèch Karayib la – MECANISME REGIONAL DES PECHES DES CARAIBES (CRFM)
  15. Òganizasyon Rejyonal Karikòm pou Nòm ak Kalite – ORGANISATION REGIONALE DE LA CARICOM DES NORMES ET DE LA QUALITE (CROSQ)
  16. Inyon Telekominikasyon Karayib – UNION DE TELECOMMUNICATIONS DES CARAIBES (CTU)
  17. Komisyon Konkirans Karikòm – COMMISSION DE LA CONCURRENCE DE LA CARICOM
  18. Konsèy Fòmasyon Jiridik – CONSEIL DE LA FORMATION JURIDIQUE (CLE)

 

  • Enstitisyon asosye
  1. Bank Karayibeyen pou Devlopman – BANQUE CARIBÉENNE DE DÉVELOPPEMENT (Caribbean Development Bank)
  2. Enstiti Karayibeyen Dwa – INSTITUT CARIBEEN DE DROIT (CLI) / CENTRE DE L’INSTITUT CARIBEEN DE DROIT (CLIC)
  3. Òganizasyon Eta Karayib Oryantal – ORGANISATION DES ETATS DES CARAIBES ORIENTALES (OECO)
  4. Inivèsite Giyana – UNIVERSITY OF GUYANA (UG)
  5. Inivèsite Zenn Oksidantal – UNIVERSITY OF THE WEST INDIES (UWI)

 

  • Sekretarya Karikòm :

Sekretarya Karikòm nan se ògàn administratif ki pi enpòtan pou Kominote a. Se Sekretè  General la ki alatèt Sekretarya a ki gen ladan ni twa biwo ak twa direksyon.

Se Konferans Chèf Leta ak Gouvènman ki nome Sekretè jeneral la sou rekòmandasyon Konsèy Minis Kominote a, pou yon peryòd ki pa depase senk an, avèk posilibite pou Konferans lan renome l ankò.

Se Sekretè jeneral la ki se administratè prensipal Kominote a.

Lang ofisyèl Karikòm se angle.

 

  • Mache ak Ekonomi Inik Karikòm nan (CSME – Caricom Single Market and Economy oubyen Caribean Single Market and Economy)

 

Mache ak Ekonomi Inik Karikòm nan se estrateji devlopman entegre ki pran fòm nan dizyèm reyinon Konferans Chèf Leta ak Gouvènman Karikòm yo te fè nan Grandans nan Grenad (Grand Anse, Grenada) nan mwa jiyè 1990 (1989 ?). Yo te elabore CSME kòm yon zouti pou fasilite devlopman ekonomik Eta manm yo nan yon anviwònman ki gen mwens baryè.

Anpil Eta manm te koumanse antre nan CSME menm Ayiti antre nan CSME. Sa vle di yon moun oswa yon konpayi nan kèlkeswa peyi li soti kapab fè komès, deplase lajan, mete antrepriz, deplase moun gen kalifikasyon pou travay sou nenpòt ki teritwa nasyonal ki fè pati Eta manm yo. Sepandan, Eta sa yo ta dwe mete sou pye politik ak lwa ki reglemante konkirans pou pwoteje konsomatè yo, nòm ak regleman teknik. Sa pèmèt tou, yon moun ki pran yon diplòm nan tèl Eta manm li valab nan tèl lòt Eta manm.

 

Ki sa yon peyi ki manm Karikòm ka benefisye ?

Si nou li atik la byen nou ka jwenn repons kesyon sa a byen fasil. Nan pati ki vin avan sa a, nou montre yon seri avantaj yon peyi ki antre nan Karikòm ka benefisye. Youn nan premye avantaj yo se avantaj komèsyal puiske yo retire tout baryè komèsyal sa k ap pèmèt yon peyi k ap espedye machandiz nan yon lòt Eta manm Karikòm ka fè sa pi fasil. Sepandan, fòk machandiz sa yo kapab respekte nòm peyi sa yo fikse pou machandiz sa yo ka rantre lib e libè nan Eta sa yo. Pwodui yon Eta ka al fè konkirans ak pwodui yon lòt Eta san grate tèt men fòk li respekte règ jwèt la.

Yon lòt avantaj ki genyen ankò apre sikilasyon machandiz, yo fasilite, konpetans ak mendèv sikile jan yo pito. Menm nan kesyon sekirite sosyal, yon sitwayen ki te benefisye sistèm sekirite sosyal nan peyi l kapab benefisye l tou nan lòt Eta li deplase ale a. Neyanmwen fòk peyi li a oswa Eta li soti a te souskri a rejim sa a. Se menm bagay la tou pou deplasman moun. Depi peyi w la souskri a paspò Karikòm nan ou gen dwa pou w deplase ale travay, fè vi w nan nenpòt Eta manmb Karikòm nan ki souskri a paspò a tou. Lòt avantaj bab e moustach Karikòm nan bay se sou kesyon diplòm, Eta manm yo rekonèt diplòm youn lòt.

 

Konklizyon

Jan nou te gen tan souliye sa nan entwodiksyon nou an, okenn ti peyi, jodi a, pa ka chwazi mennen bak li yon fason izole anba presyon politik, presyon ekonomik, presyon ideyolojik ak presyon kiltirèl gwo peyi yo. Se pou sa, jodi a nan monn nan gen anpil kowalisyon ki fèt, Etazini se pi gwo ilistrasyon an, Inyon Ewopeyèn se dezyèm pi gwo blòk la, annapre nou gen nan peyi sid yo MERCOSUR ak lòt ankò. Konsa, Karikòm fèt nan lide pou federe yon seri de ti Eta nan Karayib la, sa ki ka pèmèt yo fè rezistans anba pisans gran peyi Nò yo sitou. Anplis, mouvman Karikòm nan gen objektif politik men tou, kesyon ekonomi an fondamantal puiske yo vle pèmèt sikilasyon byen ak machandiz, mendèv tout kalite, e Karikòm nan pèmèt tou moun sikile lib e libè depi peyi manm nan ranpli kondisyon pou li pèmèt sitwayen li yo itilize paspò Karikòm nan. Men Ayiti pa ko ranpli kondisyon pou sa se sa k fè yon Ayisyen pa ka deside ale kote li vle nan nenpòt Eta ki manm Karikòm nan.

Youn nan bagay ki fondamantal ki fè tout Eta oswa teritwa nan Karayib la sanble sèke a yon sèten moman te gen yon pisans kolonyal ki te deside kolonize teritwa yo. Byenke jodi a pifò ladan yo pou nou pa di tout vin teritwa otonòm oswa endepandan. Yon lòt pwen komen yon genyen ankò sèke yo nan menm espas jewografik menmsi yo on jan dispèse nan lanmè Karayib la. Si Eta sa yo deside afime toutbonbre idantite karayibeyen yo, yo pa gen lòt chwa se kontinye rete soude sa ka ede yo defann tèt yo ansanm epi reziste anba pouvwa gwo peyi enperyalis yo.

Kounye la a, nou ka mande : Eske se senpman avantaj nou ka tire nan Karikòm ? Ki pwoblèm fondamantal ki genyen nan Karikòm ki fè Ayiti pa ka benefisye lajman laj tout avantaj bab e moustach ki genyen nan Karikòm ? Ki sa pou Ayiti fè si li pa vle toujou dènye nan lekòl Karikòm nan ? Pwochen atik nou an pral pale de Ayiti nan Karikòm, men nou pa fin sèten n ap ka bay bon jan repons ak kesyon fondamantal sa yonou sot poze a paske nou pa espesyalis Karikòm. Nou te chache fè ti egzèsis sa a kòm moun ki avize pou pote limyè bay gwo pèp la.

Nou swete nou yon bon lekti !

 

Referans liv

BERNADIE, Nathalie et TAGLIONI Francois (Dir.) (20005) Les dynamiques contemporaines des petits espaces insulaires de l’île-relais aux réseaux insulaires. Karthala Editions

DENIS, Watson (à paraître)) Haïti, la CARICOM et la Caraïbe. Questions d’économie politique, d’intégration économique et de relations internationales. Port-au-Prince, C3 Editions

Paj wèb nou konsilte

https://caricom.org/documents/11108-treaty_caricom_2-french.pdf

http://www.criti.info/wp-content/uploads/2015/12/fr_manuel-sur-caricom-ecoles.pdf

[1] Sa ka rive dat sa yo pa toujou menm selon otè a. Nou menm, chache nan plizyè sous pou dat yo, sa rive dèfwa nou mete plizyè ak on pwen entewogasyon dèyè ( sa ki mwen sèten an) pou nou montre nou pa sèten.

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Le retour d’un défi : comment penser la politique en Haïti aujourd’hui? http://galoukoutou.com/le-retour-dun-defi-comment-penser-la-politique-en-haiti-aujourdhui/ http://galoukoutou.com/le-retour-dun-defi-comment-penser-la-politique-en-haiti-aujourdhui/#respond Thu, 18 Jan 2018 18:52:27 +0000 http://galoukoutou.com/?p=344 Par Nicodem Jean-Baptiste Journaliste   « Lorsqu’on fait appel au passé pour compléter sa compréhension du présent (sans aucune posture de juge nostalgique), on bouge. Cependant, lorsqu’on utilise son passé pour bannir son présent, on est dans une sorte de fixisme mental, ou plongé dans une fixation pour le dire en terme freudien. »   […]

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Par Nicodem Jean-Baptiste

Journaliste

 

« Lorsqu’on fait appel au passé pour compléter sa compréhension du présent

(sans aucune posture de juge nostalgique), on bouge.

Cependant, lorsqu’on utilise son passé pour bannir son présent,

on est dans une sorte de fixisme mental,

ou plongé dans une fixation pour le dire en terme freudien. »

 

Nous semblons faire un pacte avec l’immobilisme et la pensée statique relative aux phénomènes sociaux, tandis que tout bouge autour de nous. Les ressources du présent, dans sa complexité, semblent incapables de nous constituer en sujet responsable de son « être là » dans ses actes. Nous vacillons entre un passé glorieux (guerre de l’indépendance), la perte de la figure de l’humain au moment même de sa réhabilitation (aucune définition juridico-pratique de l’homme au sens rigoureux du terme, pendant et après la mort de Dessalines) et le retour à l’inhumain au cœur d’une série d’activités qui portent le nom de politique. Tout se passe comme si la politique consistait à rapetisser les êtres en réduisant la collectivité à une cause perdue qui doit être représentée à travers ce que l’on pourrait appeler : « le pouvoir » (Potestas). Ce mythe cimente le fondement de l’Etat, des partis politiques, de la société civile et des institutions des droits de l’homme en Haïti. C’est ce qui les pousse à mystifier et en même temps, dépolitiser la collectivité aux caprices de l’avènement d’un président-sauveur capable de résoudre tous les problèmes que confronte la société. En d’autre terme, le pouvoir devient aux yeux de beaucoup d’entre eux, le centre privilégié où se déploierait les initiatives émancipatrices de la société. C’est l’erreur constitutive de notre société actuelle, qui croit que les joutes électorales arriveront à concrétiser la politique dans son vrai sens du terme, or l’histoire nous a montré que la question des chiffres peuvent donner aux élites une position de surplomb par rapport aux votants, mais jamais un lien ou une suture entre eux et ces derniers. Il faut, d’autre part, dire que le drame c’est de faire de la politique l’économie du pouvoir. Ici, nous entendons par politique : l’organisation d’une société. En ce sens, elle est une problématique commune qui n’est pas réductible à la question d’un pouvoir centralisé dont le rôle serait de la distribuer aux différentes sphères de la société. Le pouvoir n’est pas toujours le lieu où se déploierait une certaine lumière sur les réalités pratiques de la population, et où s’exercerait la politique réelle qui, elle, est, « dans sa réalité pratique, un rapport construit entre, d’un côté, ceux qui sont porteurs d’une vision un peu clarifiée du devenir de la société, et de l’autre, l’existence effective et concrète de cette société elle-même, à telle ou telle échelle » (Badiou, 2017:19)1. La politique est donc cette parole pratique qui doit réhabiliter la figure de la collectivité dans ses antagonismes et ses difficultés les plus profondes. Une telle vision des choses nous amène à poser ces différentes questions :

  • À quelle échelle est notre société au regard de la politique actuelle (s’il y en a)?
  • Quelle vision du devenir de la société qu’ont les militants, la société civile, l’Etat, etc. en Haïti?
  • Comment peut-on penser la politique sans tomber dans cette nostalgie d’un passé glorieux?

 

Une société sans politique

La société haïtienne est, tout au long de son histoire, traversée par toute une série de manifestations qui se disent politiques mais qui, en même temps, récuse la parole et les aspirations des citoyens. Autrement dit, les représentés ne sont jamais conviés à prendre la parole sur leur devenir, sur ce « qu’ils ont en commun et de la manière dont s’exerce le pouvoir sur ces biens communs » (Foret, 2007:3)2. Et s’ils le sont, c’est pour être distancés davantage. La politique semble n’être pas dimensionnée à accueillir la parole et les souffrances du peuple. Depuis 1805 jusqu’à nos jours, l’histoire de la politique haïtienne, n’est qu’une  histoire de l’Etat  qui ne cesse de se déployer comme les ruses des dirigeants sur des dirigés utilisés en tant que  moyen pour accéder au pouvoir. Jamais le peuple n’a connu de victoire pour reprendre Badiou. Car, jamais dans notre histoire, la politique n’a pu reconquérir et réhabiliter la figure de l’homme haïtien ; qu’il soit égoutier, cireur de botte, vidangeur, paysan, mendiant, chômeur, etc. Ces catégories et autres, constituent ce que Jacques Rancière appelle « les sans part », ceux qui sont sans histoire, sans titre et qui, de ce fait, doivent être distanciés/distancés et dirigés dans la « démocratie » que nous connaissons aujourd’hui. Voilà pourquoi notre soi-disant société « démocratique » (si je peux oser le dire comme cela) est vidée de toute contenue politique en se réduisant à la question d’élections. Parce qu’il est, cependant, dit que « la démocratie s’instaure lorsque le peuple s’invite dans les débats publics » (Foret 2017:4)3. Autrement dit, la politique que préconise ou promeut la démocratie réelle constitue en elle-même, « l’espace d’un débat infini sur la question de la justice et du partage comme la discussion publique sur un commun qui ne peut être litigieux » (Foret  2017:5)4. En ce sens, il y a politique, lorsqu’il y a « dissensus »,  ou lorsque le peuple peut investir la rue pour faire entendre sa voix, lorsqu’il s’organise, lutte et conteste la place que les dirigeants veulent lui assigner. D’un autre côté,  les différentes créations des forces répressives par l’Etat visent à étouffer la politique et « clôturer » la société, ce qui serait impossible et absurde car cette dernière est « en réalité un maillage complexe, à l’intérieur duquel la possibilité de convoquer des assemblées et de discuter de ce qu’on veut faire est constamment ouverte » (Badiou 2017:19)5. Toutefois, les « sans part » de la société, mystifiés par la presse (les leaders d’opinion), s’absentent en grand nombre sur le terrain politique au gré « des illusions prétendument universelles ou intemporelles qui n’ont pas d’autres réalité que celle qu’on leur prête »6. C’est ainsi qu’aujourd’hui, manifester, protester et contester  deviennent des termes négatifs frappés – implicitement – de forclusion aux yeux d’une collectivité dépouillée de son être politique. Il est clair que ce qui habille la politique actuelle c’est la soumission à l’Etat en accomplissant ses devoirs civiques dans les votes. La politique est devenue son propre absence et les médias sont les premiers responsables de cet évanouissement.

 

L’Etat et le militant haïtien, entre accord et désaccord

La vision de l’Etat est la « clôture » de la société, sa pacification en la soustrayant des débats qui concernent son avenir politique. D’autre part, la vision du militant haïtien n’est pas totalement à l’inverse de celle de l’Etat bien qu’il n’arrête pas d’introduire des idées sur l’émancipation de la collectivité dans l’espace public. Il surfe néanmoins sur ce geste-là pour accéder au pouvoir, ou pour être interpellé par ce dernier, et ils sont beaucoup à brader la lutte des « sans part ». Reprenant Badiou, je dirais que « l’Etat ne doit pas nécessairement être vu comme ce dont il faut absolument s’emparer »7 (2017 : 22) sinon on finira par perdre le sens et les objectifs réels de la politique. Et voilà pourquoi qu’aujourd’hui la figure du militant ou de l’opposant politique est synonyme de jouisseur inavoué. Il est craint par la majorité des « sans part », par ses frères de lutte, par son parti politique ou par ses collègues de l’organisation dans laquelle il travaille. La soif du pouvoir a instauré la méfiance, l’hypocrisie au sein de ceux-là, qui devraient être la voix des « sans voix ». Dépouillé de son être en étant pris dans la logique marchande, la majorité des militants (et opposants politiques) haïtiens n’ont pas l’étoffe d’un militant qui a une « idée sur le destin de la collectivité ; qui fait de son existence propre des trajets nouveaux dans la société ; qui rencontre le maximum de gens dans des situations différentes ; qui discute avec eux de leur situation ; qui aide à éclairer cette situation à partir d’un point de vue d’ensemble ; qui fait là-dessus à la fois un travail d’éducation, de discussion, d’éclaircissement ; qui recueille les idées des gens qui sont internes à la situation ; et qui finalement, avec eux, travaille à la transformation, cette situation, à l’échelle où il se trouve » (Badiou 2017: 20).8

 

La société civile et les opposants d’aujourd’hui

La société civile haïtienne vacille entre parti politique et l’Etat. Si elle greffe sa vision de société sur les revendications des opposants et militants politiques, trop souvent, elle la troque contre certains postes administratifs au sein même de cet Etat qu’elle prétendait combattre. Cela devient une lutte contre et pour l’Etat qui n’aurait qu’un aboutissement final : « un consensus » souterrain pour que les « sans part » le restent définitivement. Si la politique de l’émancipation n’est pas du côté de l’Etat, de la société civile, de certains militants et opposants politiques, où se trouve-t-elle ? Quelle doit-être la position du peuple dans ce cas ? Ne devrions-nous pas tirer la sonnette d’alarme et déclarer notre fin ? Le peuple doit se positionner au même rang des peu de militants qu’il en reste de cette société du marché. Il doit être sensibilisé incessamment pour investir l’espace public car c’est à « eux-mêmes de définir leurs modes d’actions sans se laisser piéger par des grands récits philosophiques ou socio-économiques dans lesquels ils viendraient puiser une vérité et une stratégie intangible »9. Dans cette perspective, nous devrions, non pas déclarer notre fin, mais plutôt celle de la politique actuelle qui tente de nous garroter en nous réduisant à deux mode d’existence qui sont : vivre notre présent au passé et vivre comme des êtres apolitiques.

 

Nostalgie d’un passé, la mort d’un présent

Vivre notre présent sans aucune fierté à moins qu’en se replongeant dans un passé lointain ou à l’époque des Duvalier, c’est cela notre futur. Les propos du président américain Donald Trump nous ont poussé non pas à nous regarder dans notre ici et maintenant mais plutôt dans un passé qui était totalement différent du nôtre, pour nous abriter. En réponse, nous avons recouru à des archives comme : la guerre de Savana en 1779 où 500 soldats haïtiens dirigés par le général Lafayette ont combattu aux côtés des troupes américaines pour leur indépendance ; ou le don d’Haïti en 1943 de 1 million de dollars au gouvernement américain (à W. Randolph Burges) lors de la deuxième guerre mondiale par le président Elie Lescot ; ou encore, l’histoire de l’arrière famille du président Trump qui aurait été parmi 70 allemands immigrés en Haïti, plus précisément à Bombardopolis en 1840 suite à l’écrasement de leur bateau (de Brème) à Point Isabelle, et qui faisait l’objet d’un bon accueil du côté des gens du Cap-Haïtien. Tout se passe comme si notre époque n’a pas les outils politiques et scientifico-techniques pouvant nous permettre de nous affirmer. En guise d’une fixation à un passé, pourquoi ne pas travailler à faire une jonction entre ce passé et notre présent ? Pourquoi ne pas faire de notre présent une époque qui n’a rien à envier à ce passé ? C’est là, les deux grandes questions que devrait se poser toute politique qui se veut émancipatrice, car il est clair que notre présent est inférieur à notre passé. Plus que jamais nous avons besoin de la politique aujourd’hui, car seule la politique peut résoudre cette fixation au/du passé en nous organisant en acteurs de notre propre devenir. Elle doit être non plus pensée comme la prise du pouvoir par un parti mais comme l’espace commun où le peuple doit à chaque instant, faire entendre sa voix et de ce fait, être interpellé pour agir. Elle ne doit pas être réprimée par la police sous couvert d’une mission vidée de son sens : « protéger et servir », qui est en réalité, la protection de l’Etat et de l’idéologie dominante. La politique doit se présenter en ce sens, telle une révolution, car la « révolution est donc un acte de mise en cause du passé, des habitudes et des certitudes routinières acceptées par paresse ou par servilité. C’est un retour de la politique contre la sédimentation. Puisque rien n’est naturel, « normal » ou universel, alors tout peut-être contesté, transformé ou aboli. »10

 

Bibliothèque

1- Alain Badiou avec Laude Lancelin, 2017, Eloge de la politique, Paris. édition Flammarion p.19

2- Catherine Foret 2007, Débat public et Dynamique démocratique, article du Millénaire centre de Ressources Prospective du Grand Lyon p.3

3- Ibid.p.4

4-Ibid.p.5

5- Alain Badiou avec Laude Lancelin, 2017, Eloge de la politique, Paris. Édition Flammarion p.19

6- Contingence, dislocation et liberté: Ernesto Laclau était-il anarchiste? Portrait-Le site du Monde libertaire

no.1751 (9-15 octobre 2014) Portrait

7- Alain Badiou avec Laude Lancelin, 2017, Eloge de la politique, Paris. édition Flammarion p.22

8- Ibid.p.20

9- Contingence, dislocation et liberté: Ernesto Laclau était-il anarchiste? Portrait-Le site du Monde libertaire

no.1751 (9-15 octobre 2014) Portrait

10- Ibid.p.3

 

Crédit photographique : Castro Desroches

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La crise des dirigeants et des dirigés de l’UEH http://galoukoutou.com/la-crise-des-dirigeants-et-des-diriges-de-lueh-2/ http://galoukoutou.com/la-crise-des-dirigeants-et-des-diriges-de-lueh-2/#respond Wed, 10 Jan 2018 20:08:36 +0000 http://galoukoutou.com/?p=340 Par Nicodem JEAN-BAPTISTE ancien étudiant à la Faculté d’Ethnologie Journaliste   «  C’est bien malheureux que l’UEH (l’Université d’Etat d’Haiti) peut produire des savants et intellectuels reconnus à l’échelle internationale et nationale,  mais incapable de produire des gens pouvant résoudre ses propres difficultés ». Je voudrais dans cet article, arracher la notion de la structure […]

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Par Nicodem JEAN-BAPTISTE

ancien étudiant à la Faculté d’Ethnologie

Journaliste

 

«  C’est bien malheureux que l’UEH (l’Université d’Etat d’Haiti)

peut produire des savants et intellectuels reconnus

à l’échelle internationale et nationale, 

mais incapable de produire des gens

pouvant résoudre ses propres difficultés ».

Je voudrais dans cet article, arracher la notion de la structure ou du système sous l’emprise de  l’irresponsabilité, la méchanceté et la haine doublée d’un confort masqué de certains discours qui se croient, ou se veulent révélateurs de toute une série de relations au sein des institutions publiques, spécialement de l’Université d’Etat d’Haïti. Le maniement même de la notion de structure par certains acteurs, les dédouane de leurs propres responsabilités. Et c’est cette notion de responsabilité qui doit être restituée sur un terrain plus ou moins valable aujourd’hui. Il faut la réhabiliter et l’introduire dans la crise actuelle que connaît les dirigeants et dirigés de l’UEH. Je ne dis pas que connaît l’UEH, parce que justement je constate que certains dirigeants et étudiants de cette institution ont fait de la notion de structure un fait naturel, allant de soi, en oubliant que l’ordre socio-politique est une construction malléable1 et donc, artificielle. Je sais d’avance que beaucoup m’objecteront ici que la simple psychologie des protagonistes ne suffit pas pour comprendre la crise et d’y intervenir de manière efficace. Plus encore, la structure a quelque chose de supplément qui surplombe la réalité des acteurs eux-mêmes dans le jeu impersonnel qu’elle introduit dans leur vie et les invite à jouer.

Il y a également l’affirmation selon laquelle la crise actuelle des dirigeants et dirigés de l’UEH les dépasse parce qu’elle tient de l’ordre de la structure. Je récuse a priori une telle logique, pourquoi? Parce que le lieu d’énonciation d’une telle affirmation présuppose une connaissance préalable sur ce qui dépasse ou ne dépasse pas les capacités des protagonistes apparents et de ce fait, dévoile implicitement que la crise peut-être aisément résolue en pensant soutenir le contraire. Pour les protagonistes, ils le sont bien apparents, car dans un style badiousien, je dirais que l’espace de leur désaccord est limité par trois accords qui sont malgré tout, fondamentaux : premièrement, ils sont tous les deux d’accord que l’université est dysfonctionnelle. Deuxièmement, ils soutiennent tous les deux, que l’espace universitaire est un lieu de débat qui ne doit pas tomber sous l’emprise d’une dictature maquillée, ou encore,  qui ne doit pas être dirigé au gré des caprices d’un dictateur déchu (du moins, dans leurs discours) car il est à rappeler aussi qu’aucune idéologie, « qu’ » aucun récit déployé par les gouvernants « ou dirigeants » ni aucun processus de sédimentation ne peut-être absolue et convaincant. Dans un contexte où les idées circulent, où les pratiques militantes se diffusent et se nourrissent les unes des autres, où nul ordre social n’est cloisonné et imperméable à l’extérieur, imposer un dogme absolu et une définition exclusive de la normalité est une tâche impossible.2

Et enfin troisièmement, ils sont d’accord d’une part, de toucher leurs salaires sans reproche morale aucune, durant la crise et de l’autre, que les étudiants soient celui qui font les frais (paient les pots cassés). Le seul et le plus important des problèmes, est qu’ils ne sont pas d’accord que l’un soit en désaccord avec l’autre. Ce dernier point nous paraît un peu ridicule mais il a quand même un sens dans la mesure où il nous révèle un mal qui ronge la relation de l’Haïtien avec ses pairs.

 

Nous sommes la crise

Nous nous intériorisons mal l’un et l’autre, et ce n’est aucunement par les études universitaires et les doctorats que nous arriveront à exorciser ce mal être. Nos diplômes ne nous protègeront pas de ce rapport démentiel entre l’Haïtien et le pouvoir, entre l’Haïtien et les armes et enfin, entre l’Haïtien et l’argent. C’est là, le réseau des problèmes de la crise des dirigeants et des dirigés de l’UEH, et mon analyse emprunte ce chemin en guise de celui qui prime le système sur ses relations internes, c’est-à-dire nous sortons des spécificités ou des singularités elles-même, pour arriver à la structure (à l’UEH). Autrement dit, l’analyse des relations (interactions) entre : dirigeants et dirigeants, dirigeants et professeurs, dirigeants et personnels, dirigeants et étudiants, professeurs et professeurs, professeurs et personnels, professeurs et étudiants, personnels et personnels, personnels et étudiants, étudiants et étudiants etc., nous permet de comprendre pourquoi l’UEH est dysfonctionnelle. Voilà pourquoi nous soutenons que la crise est celle de ces catégories pré-citées. C’est au niveau de ces différentes relations et situations que se tiennent les vérités de notre malheur.

L’UEH n’est pas en crise, l’homme haïtien dans son statut de dirigeant, de professeur, de doyen, d’étudiant, etc., est en crise. Certains me diront que c’est une crise politique, il y a des mains cachées, et des intérêts que nulle partie ne veut perdre. Et là encore, il incombe à ceux ou celles là, qui réfléchissent sur la politique de l’arracher de ses vieux oripeaux du passé. Car une telle assertion suppose que la politique doit rester sous l’emprise d’un réseau de significations machiavéliques d’où l’homme ne cesse d’être un moyen pour l’homme. Chacun veut jouir de l’autre sans l’autre, dira-t-on. [Les événements de] 1986, [de] 2004, [et de bien d’autres dates], devraient nous [enseigner]. Nous sommes hobbesiens sous couvert de démocrates,  or aucun d’entre nous n’aimerait que la carrière de ses enfants soit bousillée, mais en même temps, chacun de nous baigne dans la logique que « les enfants des autres parents ne sont pas mes enfants, donc ne sont pas des enfants mais des victimes nées* ». La structure nous révèle tels que nous sommes et il revient peut-être à la psychologie ou la psychanalyse de nous présenter à notre miroir déformant.

 

Le retour de la responsabilité

La question que chaque dirigeant, professeur, étudiant ou autres devrait se poser aujourd’hui est la suivante : quelle est mon rôle dans la crise actuelle? C’est la plus fondamentale des questions, et en effet, qu’est-ce que c’est qu’une crise? À défaut de réponse, le professeur Yves Dorestal affirmerait que seule la crise est stable en Haïti. Histoire de faire de cette dernière une manière d’être typiquement liée aux Haïtiens. Parler d’une crise stable est un oxymore, mais un oxymore qui nous révèle tels que nous sommes au plus profond de notre être. D’autre part, la crise ne saurait être repérée hors d’une situation ou des situations singulières et encore moins, décrite  sans l’intervention interprétative des singularités en question. Ce qui nous ramène à dire que la façon dont les protagonistes expliquent la crise participe grandement à la constitution de cette dernière ainsi que sa pérennisation. Derrière le discours de chacun des protagonistes bruit un désir de pouvoir inavoué.  La crise n’est pas une idée pure sans relation avec la mondanité pratico-inerte des structures,3 elle n’est pas non plus, des structures vidées de toutes interactions humaines. Car les humains sont ceux par lesquels et à travers lesquels, que la crise devient effective. Et c’est avec eux que commence la politique moderne (société) par ce que Rousseau appelle un contrat et non par la structure : le sujet est d’abord son propre législateur.4 

Ainsi, l’homme précède la structure qu’il définit et que lui, il dévoile et accuse chaque fois que cette dernière le confronte avec lui-même. Néanmoins, il s’aime comme il est dévoilé par cette fameuse structure, c’est un peu proche de l’histoire de Narcisse avec son  reflet dans le puits, mais plus fine et plus subtile encore. Cette confrontation avec soi est le ciment même (l’éthique) de la question des responsabilités car la crise est à l’image des antagonistes. C’est là, le symptôme.  En guise de l’accepter, beaucoup d’entre eux préfèrent gloser sur le poids du système (de la structure), sur l’individu et du coup, s’absentent de leurs responsabilités. Ils tentent de la fuir dans un artifice de rhétorique mais qui à la fin, les rattrape et les ramène à eux-mêmes. C’est ce qui nous rabaisse à un niveau d’enfantillage où c’est toujours l’étranger qui doit venir trancher nos différents les plus insignifiants. Cependant nous nous vantons de nos publications à l’étranger et de nos travaux qui malgré leurs ancrages existentiels, ne nous aident pas à comprendre le poids de nos responsabilités envers nous-mêmes d’une part, et envers notre société de l’autre. Par ailleurs, il est dit que de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Toutefois, de grands pouvoirs  peuvent germer en l’individu – en question – la tentation de maltraiter son prochain5 (Freud 1929 : 39) de le de-substantialiser au gré de la pérennisation et la consolidation de ces derniers  (de diriger/gouverner).

Ce qui nous amène à poser ces questions : Qu’est-ce que c’est que diriger ou gouverner en Haïti ? Que peut-on faire ou ne pas faire au nom des principes constituants cette notion ? Comment le soustraire des rapports de force? Et quelle posture devrait-on prendre pour arriver à s’intérioriser en intériorisant son opposant sans vouloir le détruire lors d’une situation de conflit ? J’adresse ces questions aux dirigeants des institutions publiques et privées, bien que comme le disait Alfred De Musset : « le rêve de tous les dirigeants est d’avoir des sujets qui ne savent dire que oui ». Tout en oubliant qu’ « un homme c’est quelqu’un qui peut dire non ». Et c’est ce NON que j’invite les protagonistes à dire : un NON à soi et un NON à cette image dégradante de soi comme seule vérité, puisque la vérité est ce qui se vit, elle ne s’enseigne pas ex cathedra6. Ceux-ci sont la crise qu’ils disent dénoncer ou feignent de combattre chaque jour. En outre, ils sont la conscience de cette crise qui se réfléchit sur les murs des espaces de l’UEH.

 

Bibliographie

1-Contigence, dislocation et liberté enersto laclau était-il anarchiste? No 1751 (9-15 octobre 2014) /Portraits p.3

2-http://danielbensaid.org/Alain-Badiou-et-le-miracle-de-pdf p.2

3-ibid.p.2

4- Contigence, dislocation et liberté enersto laclau était-il anarchiste? No 1751 (9-15 octobre 2014) /Portraits p.3

5-Sigmund Freud 1929, Malaise dans la civilisation, trad. française 1934 p.38

6-Herman Hess, le jeu des perles de verre, trad. Jacques martin, Claman Levy, 1991, p.143. (N.D.T)

 

*les enfants des autres parents ne sont pas mes enfants, donc ne sont pas des enfants mais des victimes nées. Cette une ligne de réflexion tirée de mon prochain article titré : «  tes enfants et mes enfants ….»

 

 

 

 

 

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«Plòm, plòm, plòm pa itil anyen ! » dixit l’ex-président Michel J. Martely : une phrase qui hante la dépouille de l’intellectuel haïtien http://galoukoutou.com/plom-plom-plom-pa-itil-anyen-dixit-lex-president-michel-j-martely-une-phrase-qui-hante-la-depouille-de-lintellectuel-haitien/ http://galoukoutou.com/plom-plom-plom-pa-itil-anyen-dixit-lex-president-michel-j-martely-une-phrase-qui-hante-la-depouille-de-lintellectuel-haitien/#respond Sun, 07 Jan 2018 20:28:09 +0000 http://galoukoutou.com/?p=326 Par : Nicodem Jean-Baptiste, ancien étudiant à la Faculté d’Ethnlogie, journaliste   L’ex-président Michel Joseph Martelly a fait  de la question des titres (diplômes) la risée de ses vannes sarcastiques lors de ses campagnes électorales (2010) et de sa gouvernance (2011-2016). Beaucoup ont repris le slogan « Plòm, plòm, plòm » pour déconsidérer les intellectuels autoproclamés, les […]

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Par : Nicodem Jean-Baptiste,

ancien étudiant à la Faculté d’Ethnlogie,

journaliste

 

L’ex-président Michel Joseph Martelly a fait  de la question des titres (diplômes) la risée de ses vannes sarcastiques lors de ses campagnes électorales (2010) et de sa gouvernance (2011-2016). Beaucoup ont repris le slogan « Plòm, plòm, plòm » pour déconsidérer les intellectuels autoproclamés, les intellectuels et les savants haïtiens qui, reprenant le style de Maurice Sixto, n’arrivent pas encore à voir et comprendre Haïti dans leurs propres livres. Ces derniers (les intellectuels) de leur coté, ont été exaspérés et fulminaient contre l’ex- président qui selon eux, représentait le ça1 personnifié de la société haïtienne et qui accidentellement, arrive à déjouer ou trompé la vigilance du surmoi2 de cette dernière pour s’ériger comme son propre représentant, son propre ordonnancement. Pour les politiciens et autres, sa présidence ne fut qu’un accident, d’ailleurs la politique est selon Rancière un accident provisoire des formes de la domination, qui mise sur la « ponctualité ». Il faut également préciser que (sa présidence) c’était  plus un accident qu’un événement car elle n’advenait pas comme « une nouveauté issue de l’obscurité et de la confusion 3»  aux yeux de ses opposants, mais plutôt comme le règne même de la confusion et de l’obscurité. C’est comme si la bêtise était arrivée à son paroxysme en gouvernant les normes par lesquelles elle devrait être assujettie. Cependant, dans la bouche de cette « bêtise » étiquetée et même dès fois autoproclamée, sortait cette phrase: « plòm, plòm, plòm! Tout pil plòm sa yo pa itil anyen ! » (Des diplômes, bix3, qui ne valent rien). Une façon de saccager l’espace des intellectuels, des pseudo-intellectuels et des savants haïtiens. Il s’est dit également élu face à une intellectuelle et là encore, beaucoup ont été agacés, mais cette phrase n’a-t-elle pas un sens particulier ? N’est-elle pas d’actualité ? L’ex-président ne voyait-il pas juste en déclarant la nullité ou la mort des diplômes ? Qu’est-ce qu’un intellectuel haïtien et quel est le telos de sa production au sein d’une société comme la nôtre ?

 

Plòm, plòm, plòm, pa itil anyen! (Des diplômes, bix3, qui ne valent rien!)

Pour répondre à la première question, il faut comprendre la phrase « des diplômes qui ne valent rien »,  comme une invitation à méditer sur soi dans une société où personne n’est jamais responsable de ses actes. La présence même de l’ex-président sur le terrain (dans les débats) avant même les élections était un signe d’alerte pour les intellectuels ; non pas dans le sens qu’il ne devrait pas être là, qu’il n’avait aucun droit de s’inscrire au CEP, mais plutôt qu’il symbolisait un retour de la politique hors des discours politiques (traditionnels) qui tout d’un coup étaient frappés de vieillissement et de forclusion. Et ceux-là qui en ont crié ABA les diplômes ont vite compris aussi que l’ère des « radotages » et des discours politiques creux était révolue. Certains intellectuels attachés à leurs représentations et visions archaïques de ce que doit être une société, se sont lancés dans des jurons et des critiques acerbes à l’égard du peuple, comme si ce dernier – dans sa totalité – participait à cette oligarchie financière et médiatisée de l’époque, pour le dire en terme badiousien.

Ces « détenteurs de savoir »  n’ont pas compris qu’ils représentaient la cause de ce pandémonium, et qu’ils étaient sur les bancs des accusés même avant l’arrivée de cet événement qu’ils considéraient comme un drame. Les intellectuels haïtiens risquent d’être réduits à leur propre histoire et de ce fait, à deux pas de « devenir leur propre musée 4». Ce qui fait penser à  Nizan  (1998) constatant la contradiction entre le monde réel et la pensée des intellectuels de son temps, affirma: « L’écart entre leur pensée et l’univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils ne s’alertent pas (…) Ils ne bougent point5». Il va falloir une reconquête de la notion d’intellectuel au travers des pratiques réelles liées à une question de responsabilité. Libérer l’intellectuel sous l’emprise de la figure d’un maitre coupé de ses propres réalités en restant cantonnée dans les diplômes et les doctorats qu’il a pu acquérir à l’étranger reste notre seule mission.  Répondant à la deuxième question, la phrase (nullité des diplômes) hante toutes les sphères sociales spécialement l’espace universitaire où elle devrait être étudiée. Il me semble que ceux qui, faisant écho avec l’ex-président dans la critique de la figure de « l’homme diplômé » étaient en avance par rapport aux intellectuels, pseudo-intellectuels et savant haïtiens, en voyant que les titres (diplômes : les licences, maitrises, masters et doctorats) n’aidaient pas vraiment leurs détenteurs à devenir des hommes responsables, honnêtes, amis de la justice, de légalité et du développement. Les doctorats n’ont pas pu réhabiliter la dignité et le respect des docteurs. À ce titre, beaucoup ont été critiqués et tournés en dérision par monsieur Martelly lors de son mandat. Autrement dit, ce dernier soutenait l’hypothèse selon laquelle les diplômes ne servaient en rien leurs détenteurs, et il l’a montrée (vérifiée) tout au cours de son mandat. Sans étaler certains faits, nous postulons qu’aujourd’hui encore, nous assistons à cette figure « abolotchiste* » de l’intellectuel qu’il soit du rang des dirigeants, des dirigés, des universitaires, de la société civile, des médias, du secteur économique etc. C’est ainsi que les intellectuels et savant haïtiens n’étaient, ou plutôt ne sont plus considérés comme « l’agent privilégié et infaillible de l’émancipation 6» de notre société. Le discours des intellectuels est devenu inaudible puisqu’il ne permet pas d’une manière subversive, de faire émerger une certaine pratique chez eux d’abord, et dans la société, ensuite. Ils n’existent pas comme sujet, ils ne sont jamais responsables de leurs actes. L’université est dysfonctionnelle, les dirigeants (qui sont par ailleurs des intellectuels) vous le concèdent mais ce n’est pas leur faute car c’est un problème de système (d’une structure). Jamais vous en verrez un dirigeant venir vous dire qu’il est conscient de ses actes et qu’il a causé du tort à l’université ou aux autres institutions du pays! Jamais! Ils sont tous cohérents avec eux-mêmes, ils travaillent bien, ils sont très honnêtes mais c’est l’espace dans lequel qu’ils travaillent qui est malhonnête ou malsain. Ainsi, à l’université, si ce n’est pas la faute aux professeurs ou aux dirigeants, c’est sûrement celle aux étudiants. L’étudiant ! Et voilà encore une autre figure sur laquelle qu’on devrait enquêter car elle a été très mystifiée ces derniers temps : l’étudiant dont parlent les politiciens et certains dirigeants n’est pas celui qui est parlé par ceux qui gagnent les rues, et encore moins celui déchiffré par le regard perçant d’une marchande de cacahuètes grillés au bord de la rue*.

Et enfin, cela pourrait être la faute à l’Etat. Un problème étatique est synonyme d’un problème éternel, que peut-on faire? On aura beau cherché mais on ne trouvera jamais des coupables puisqu’il n’y a jamais eu des gens responsables. Dire que c’est un problème structurel devient une échappatoire et cela dédouane du plus grand au plus petit des acteurs. Et ces derniers ont fini par accepter « comme naturelles des situations qui ont pourtant été créées de manière artificielle »7. D’autre part, est-ce au savoir ou aux diplômes de procurer l’éthique, le sens de la responsabilité, de la dignité et de l’honnêteté à nos frères et sœurs haïtiens ? Nous répondons que non, et nous disons avec Foucault que le diplôme ça sert simplement à constituer une certaine valeur marchande du savoir, que l’intellectuel ne doit pas le confondre avec ses propres capacités, ses convictions ainsi que sa mission. Entre l’intellectuel et le diplôme, il y a un vide dont la logique marchande lui cache. C’est ce vide comme vérité que nous révèlent les propos de l’ex-président tout au long de son mandat. Une telle vérité, comme l’a dit Alfred, « c’est ce qui continue. Qui survit au naufrage du temps. Permet à l’homme de réaliser son destin. De se dépasser »8. En guise de haine ou de mépris, les propos de monsieur Martelly invitent tous les intellectuels et les savants haïtiens à leur propre dépassement, c’est en ce sens qu’il faut comprendre son caractère d’actualité.

À la troisième question, je répondrai que l’ex-président ne préconisait pas la mort des diplômes dans le sens stricte du terme, mais puisque les diplômes étaient eux-mêmes incapables de produire des citoyens (dirigeants) honnêtes, responsables (ce qui serait tout de même un non sens), ils étaient devenus en ce sens, les spectres de notre monde qu’il fallait chasser sans répit. Aujourd’hui encore, « l’homme diplômé » est une figure morte qu’il va falloir peut-être ressusciter, ou plutôt réinventer dans notre société. Car il est simplement fantôme d’une oligarchie politique contemporaine – médiatisée – où la question du calcul ou la gestion des chiffres surplombe les positions éthico-déontologiques liées à chaque domaine.

 

L’intellectuel haïtien

Notre quatrième question sonde la notion d’intellectuel dans ses racines jusqu’à sa constitution ainsi que son déploiement au sein d’une société comme la nôtre. Il faut dire d’abord que ce mot fait référence à l’intelligence et la raison, du latin intellectualis. Mais « Le terme intellectuel aurait été créé par Saint-Simon, en 1821 et s’est répandu dans le contexte de l’Affaire Dreyfus9 ».  Autrement dit, c’est en se dressant contre l’injustice que ce terme s’est propagé et porte pour ainsi dire la justice comme marque originelle. Au fait, je postule a priori que : n’est tout sauf intellectuel celui qui croit que la société peut être clôturée à partir d’une politique centralisée. N’est tout sauf intellectuel celui qui à partir de sa conscience ou de son expérience d’une époque, se croit capable de totaliser et de répondre aux problèmes de toutes les époques. N’est tout sauf intellectuel celui qui surfe sur la notion pour se tailler une place dans la politique corruptrice qui sombre le pays depuis des années .

Pour certains auteurs, « l’intellectuel est d’abord quelqu’un qui a atteint un certain niveau de création, d’analyse ou de recherche, puis qui se sert des médias et autres canaux d’expression pour intervenir sur des sujets qui intéressent un large public, aux yeux duquel il devient une référence – ou du moins une figure, une voix reconnue ». Il est également, « un penseur ou un écrivain qui intervient dans le débat public sur des sujets politiques, au sens le plus large du terme, tout en s’abstenant délibérément de rechercher le pouvoir10 ». La recherche à tout prix, du pouvoir peut corrompre l’âme de l’intellectuel. Cette phrase recoupe dans son intégralité, notre situation actuelle. Ce qui nous amène à dire qu’en Haïti, l’intellectuel est rare pour ne pas dire inexistant ! Et beaucoup de ceux qui se le revendiquent, travaillent à son propre effacement au gré de la logique du capitalisme moderne dans laquelle ils sont pris. S’ils ne sont  pas eux-mêmes impliqués dans des affaires de corruption, ils finissent leur carrière en escortant les corrompus ou les corrupteurs (ceux qui ont du pouvoir). Souvent, ils sont les conseillers des hommes politiques les plus dégradants. Il y a chez ces derniers comme une fascination à être soit proche du pouvoir, soit à son intérieur. C’est contre une telle pratique, que j’oppose ici une définition subjective et peut-être même partiale car engagée, et  reprenant Zizek  (2009) je dirais que « la vérité est partielle ; elle n’est accessible que si l’on prend parti, et n’en est pas moins universelle pour cela »11. En ce sens, je soutiendrai que l’intellectuel, (spécialement l’haïtien), me parait inconcevable sans la notion de responsabilité et de la gestion des conséquences de ses actions. Garder les mains propres quoiqu’il advienne,  devrait être son maxime, son impératif bien qu’il soit comme tout le monde « un humain » avant toute chose. Il est celui qui peut traverser son temps sans fléchir dans « un monde qui ne nous offre jamais que la tentation de céder 12». S’il s’est constitué depuis l’affaire de Dreyfus en opposition à l’injustice, il s’actualise chez nous aujourd’hui, comme son propre énigme lorsqu’il est lui-même pris dans le réseau des conditions du commerce ordinaire de la justice, en devenant le prolongement d’une série de situations d’injustice. C’est ainsi que l’on peut constater l’évanouissement de la figure de l’intellectuel haïtien sous les voiles d’une sorte d’intellectuel d’Etat. Autrement dit, il (l’intellectuel) est devenu lui-même, justification du statu quo et des puissants du jour en tentant à maintes reprises de faire taire toute dislocation* afin de clôturer* la société. Des fois la complicité est telle que l’intellectuel, surtout s’il est célèbre, sert de caution au pouvoir politique13. C’est à ce niveau qu’il faut comprendre le telos des travaux de beaucoup d’entre eux aujourd’hui.

 

Bibliographie

1- Le ça : est chez Sigmund Freud 1923, siège des activités inconscientes (lieu du refoulement), livre, le moi et le ça p.18

2- Le surmoi ou moi-idéal constitue l’espace de réaction, d’interdiction, le siège des lois de la morale, Freud 1923 nous dit : nous pouvons répondre à tous ceux qui, ébranlés dans leur conscience morale, nous objectaient qu’il devait bien y avoir dans l’homme une essence supérieure : certes, et cette essence supérieure n’est autre que le Moi idéal, le Sur-Moi, dans lequel se résument nos rapports avec les parents. Petits enfants, nous avons connu ces êtres supérieurs qu’étaient pour nous nos parents, nous les avons admirés, craints et, plus tard, assimilés, intégrés à nous-mêmes. Livre, le moi et le ça, p.26

3- http://danielbensaid.org/Alain-Badiou-et-le-miracle-de-pdf p.2

4- Ibid.p.1

5- PaulNizan, Les chiens de garde, (réédition) Marseille, Agone, 1998

6- Contigence, dislocation et liberté : enersto laclau était-il anarchiste? No 1751 (9-15 octobre 2014) /Portraits p.2

7- Ibid. p.3

8- Icart Alfred 1916, Notre génération p. 20

9-Lazare Ndayongeje 2010 Au fond : Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Article p.1

10- https://www.courrierinternational.com/article/2006/05/24/la-pensee-une-manie-francaise

1- Slavoj Ziek 2009, après la tragédie, la farce, comment l’histoire se répète, Edition Flammarion, extrait p.14

12- http://danielbensaid.org/Alain-Badiou-et-le-miracle-de-pdf p.2

13- Lazare Ndayongeje 2010 Au fond : Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Article p.2


* Abolotchiste : nom donné aux ’’ abolotcho’’  qui est un terme créole très en vogue désignant la figure contemporaine des baratineurs politiques ou de ceux qui n’ont aucune conviction, aucune position stable et qui se brade pour gagner sa vie… ce sont des opportunistes.

* Mon prochain article se portera sur la figure de l’étudiant comme castré a priori …

 * La dislocation est chez Laclau, l’impossibilité de la société. Une impossibilité à s’unifier en un corps parfait sans antagonismes, contradictions et subversions. Lisez : Enersto Laclau 1990 “The impossility of the society”, in new reflections on the revolution of Our time, London, verso, 1990, p.89-92

 * Pour une compréhension de la notion de clôture, lisez le texte ci-dessus en référence à Laclau… La clôture signifie en ce sens l’unification parfaite et totale de la société. Ce qui est impossible…

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Notre Soup joumou est-elle francaise ? (Une autre lecture) http://galoukoutou.com/la-crise-des-dirigeants-et-des-diriges-de-lueh/ http://galoukoutou.com/la-crise-des-dirigeants-et-des-diriges-de-lueh/#comments Mon, 01 Jan 2018 03:44:04 +0000 http://galoukoutou.com/?p=319   Par Max Manigat* [Qui dit 1er janvier en Haïti, dit également Soup Joumou. Max Manigat nous explique l’origine de cette tradition.] Des traditions bien ancrées  dans beaucoup de familles haïtiennes « plus françaises que de Gaulle » nous font, parfois, porter des œillères, et dès qu’il s’agit d’étymologie ou de coutumes culinaires elles ramènent tout à […]

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Par Max Manigat*

[Qui dit 1er janvier en Haïti, dit également Soup Joumou. Max Manigat nous explique l’origine de cette tradition.]

Des traditions bien ancrées  dans beaucoup de familles haïtiennes « plus françaises que de Gaulle » nous font, parfois, porter des œillères, et dès qu’il s’agit d’étymologie ou de coutumes culinaires elles ramènent tout à « nos ancêtres les Gaulois ». Il suffit de nous rappeler l’étymologie traditionnelle loufoque du mot créole « marassa » dont l’origine serait : « [c’est] ma race ça. » Comme je l’ai écrit dans mon « Mots créoles du Nord d’Haiti… » (2006, p. 238) notre mot marasa n’est autre qu’une prononciation haïtienne des mots kikongo : « mapása, mapésa : des jumeaux ; variantes : mahása, mayása. » (Pierre Swartenbroeckx (1973, p. 303)

L’auteur de Philologie créole avait vu juste quand il écrivait : « Le mot marasa est africain et l’une de ses variantes kikongo est mayása… » (Faine, Jules : Phiologie créole…, p. 319.)

*

L’origine de notre soupe joumou traditionnelle du 1er janvier se prête aussi à une version fantaisiste faisant croire que nos ancêtres africains jetés dans l’esclavage à Saint-Domingue devenus libres et haïtiens ne songeaient à rien d’autre, le premier jour de notre indépendance, qu’à se régaler d’un plat que leurs anciens maîtres leur refusaient.

Deux vodoulogues compétents : Jerry & Yvrose Gilles, auteurs du livre : « Sèvis Ginen. Rasin, Rityèl, Respè lan Vodou. (2009, 401 p., il.) » ont dans un article intitulé « Soup Joumou » (www.bookmanlit.com) mis les points sur les « i » :

«  Kwak se vre moun ki tap travay kòm esklav te mal manje, nanpwen okenn prèv pou montre kolon Franse te anpeche Afriken bwè Soup Joumou, ni anpeche yo manje okenn lòt manje. Soup Joumou  pa t janm yon manje ki te rezève pou kolon sèlman. Soup Joumou kuit yon jan ki byen chita lan Eritaj Ginen an. Se pa yon manje kopye. Li pa gen anyen arevwa ak mòd manje Franse. » D’après ma traduction : « Bien qu’il est vrai que les personnes travaillant comme esclaves n’avaient pas une alimentation adéquate, aucune preuve n’existe pour montrer que les colons français interdisaient aux Africains de manger de la soupe joumou. Cette soupe ne fut jamais un plat réservé aux seuls colons. La soupe joumou se prépare d’une façon conforme à l’Eritaj Ginen [notre héritage africain]. C’e n’est pas un mets que nous avons copié. Elle n’a rien à revoir avec la cuisine française. »

 

*

Descourtilz ne mentionne pas la « soupe au giraumon » :

« Les dames créoles aiment beaucoup le Giraumon cuit avec du petit-salé et des bananes mûres. On prépare aussi la pulpe avec du lait et du sucre pour entremets, et on appelle cette préparation Giraumonade. (Descourtilz : Flore pittoresque … T. V, p. 75)

Le mot : jiwomonad/joumounad n’est pas consigné dans le Haitian-English Dictionary (2004, 1020 p.) de Bryant C. Freeman (dir.)

Le plat décrit par Descourtilz « … Les dames créoles aiment beaucoup le Giraumon cuit avec du petit-salé et des bananes mûres » a disparu de notre répertoire culinaire. Il ressemble à celui proposé par Niniche Gaillard (1950, p. 198) : « Jourou-mounade », mais au lieu d’être dégusté seul, il est « … servi bien chaud, garni de persil émincé. Il accompagne viande rôtie (sic). »

Le  Joumounad  est connu dans le Nord, c’est une préparation de riz et de giraumon.

 

*

Le « Grand dictionnaire de la cuisine… » (1873, 1155 p.) d’Alexandre Dumas (oui ! Alexandre Dumas père) ne nous propose que ce potage au potiron :

« Potage au potiron. — Coupez votre potiron en petits morceaux dans votre casserole, versez-y un verre d’eau, laissez-le bouillir jusqu’à ce qu’il soit bien cuit, puis tirez-le de l’eau, faites-le égoutter et passez-le à l’étamine, mouillez cette purée avec du lait, ajoutez-y du beurre venant d’être battu, salez convenablement, faites bouillir votre potage et versez-le sur des croûtons passés au beurre et coupés en losanges ou en deniers. » p. 876

* *

Consommé en Afrique de l’ouest la version moderne de ce plat nous donne une idée de cette préparation du giraumon (joumou) que nos ancêtres connaissaient dans leurs pays d’origine.

 

Recette Africaine (trouvée sur la toile)

Soupe joumou d’Afrique de l’ouest (Libéria, Sierra Léone)

Cette soupe joumou  est plutôt un ragoût épais et est servi avec du riz

Sert : 4-6

Ingrédients:

1 giraumon moyen pelé, débarrassé de ses pépins et coupé en cubes

2 tomates fraîches, écrasées

1 c. à s. [cuillerée à soupe] de pâte de tomate

1 gros oignon, haché

4 c. à s. d’huile de palme

1 bouillon cube

300 gr de viande, coupée en cubes (optionnel)

1 c. à s. de poisson, préalablement bouilli, sans arêtes ou de poisson fumé

Poivre noir ou blanc

Sel

Piment fort au goût

1 l. [litre] d’eau

2 c. à s. de beurre d’arachide ou manba (optionnel)

 

Il s’agit d’une version moderne d’une recette ancienne à cause de la présence du bouillon cube.

 

J’ai enseigné en République Démocratique du Congo dans les Provinces du Kwango, du Nord-Kivu (pron. kivou) et du Kivu (pron. kivou). À ma connaissance, cette soupe ne faisait pas partie des plats ordinaires. Cependant, les giraumons existaient. Toutes les familles haïtiennes d’enseignants gardaient la coutume de la soupe joumou traditionnelle du Jour de l’an.

*

Diaspora africaine :

 

J’ai mangé à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, de la soupe joumou presqu’en tous points pareils à la nôtre excepté qu’à la pension d’Anna (originaire de Sainte-Lucie) elle se prenait le samedi soir.

Voici les ingrédients d’une de ces soupes antillaises trouvée sur la toile :

Soupe antillaise au bœuf

100 gr. de bœuf salé

3 pommes de terre

3 poireaux

¼ de chou

3 navets

1 carotte

250 gr. d’épinards

2 oignons

200 gr. de potiron

2 branches de céleri

Oseille

50 gr. de beurre

Huile.

*

La soupe joumou existe aussi à Cuba et en République Dominicaine. Elle ne ressemble à la nôtre que par le giraumon qui en est un des ingrédients essentiels.

 

*

Jamaïque

La soupe joumou est connue à la Jamaïque :

Soupe de bœuf au giraumon jamaïcaine

Sert : 6

Ingrédients :

2 l. d’eau
1 lb. [livre] d’os de soupe ou de bœuf pour ragoût

½ lb. de carottes coupées en cubes
¼ lb. navets coupés en cubes
1 lb. de giraumon caraïbe (ou butternut squash) coupé en cubes
1 branche de thym
2 oignons verts (ciboules)
1 c. à s.. de sel

Ingrédients  pour les donbrèy :
2 t. de farine
1½ c. à thé de sel
½ t. d’eau froide (traduction)  www.sparkpeople.com

La recette précédente souligne que l’addition des donbrèy est facultative.

*

Visitant Nassau, Bahamas, en 1994, je fus invité par le Pasteur de l’Église baptiste et sa femme à manger la soupe joumou dominicale, avant le culte. Je fus un peu surpris de constater que la soupe, en tous points, pareille à notre traditionnelle contenait en plus de petits donbrèy. Le couple est originaire de Port-de-Paix. Était-ce une coutume de ce coin d’Haïti ou la femme du pasteur avait-elle adopté cette nouvelle addition à notre recette traditionnelle ?

*

Brésil :

Soupe de potiron (joumou) au jambon

1 potiron, environ 7k.2 [kilos]

8 gros oignons jaunes

1 gousse d’ail ou ½ selon votre goût

8 piments forts verts ou rouges

8 litres de bouillon de poulet

½  tasse d’huile d’arachide

3 lb de jambon ou de jarret de jambon

4 -5 feuilles de laurier

Sel et poivre au goût

Pincée de muscade et pincée de cardamome (facultative)

Nettoyer le potiron ; enlevez les pépins. Le couper en petits morceaux. Faire revenir les oignons et l’ail dans l’huile d’arachide, y ajouter les 8 litres de bouillon de poulet ; la citrouille (joumou), les piments forts, le jambon. Quand le potiron est tendre, réduire en purée. Laisser mijoter lentement pendant plus de 30 minutes.

Cette recette sert un grand nombre de personnes (environ 40). Cette soupe se congèle bien ; vous pourriez vouloir ajouter du jus de citron ou du jus d’orange au contenu avant de congeler la soupe supplémentaire. Elle est riche et peut être servie avec une bonne cuillerée de crème sûre. (ma traduction) www.cooks.com

 

*

Comme l’expliquent Jerry & Ivrose Gilles, notre soupe joumou traditionnelle du Jour de l’an ne nous vient pas de la France. Les exemples donnés ci-dessus : Guadeloupe, Cuba, République Dominicaine, Jamaïque, Nassau, Brésil, tous des pays où la tradition africaine demeure vivace, le montrent à suffisance.

Faisons remarquer, pour finir, que les mois de décembre et de janvier sont les mois où les giraumonts (joumou) se trouvent en quantité en Haïti. Cela a-t-il quelque chose à voir avec ce repas du 1er janvier ?

La recette de cette soupe ne nous est pas parvenue. Imaginons : des morceaux de jarret de bœuf, quelques herbes fines, du giraumon,  du sel, du piment fort, et voilà notre plat. Nous pouvons, aussi, comprendre qu’après onze ans de guerre où « la terre brûlée » était l’une des armes de nos ancêtres luttant pour leur liberté et leur indépendance, il ne devait pas rester grand-chose à mettre dans cette soupe. Carottes, chou, pommes de terre, si disponibles, auraient pu être ajoutés. Quand aux pâtes alimentaires : vermicelle, macaroni, elles seraient des additions assez récentes remontant, peut-être, à la fin du dix-neuvième siècle. La cuisine française de l’époque connaissait les nouilles, mais je doute « qu’en ce beau jour de notre » indépendance nos cuisinières aient eu à leur disposition cet ingrédient raffiné.

__________

* Max Manigat est l’auteur de « Mots créoles du Nord d’Haïti. Origines – Histoire – Souvenirs » (2006) ; du supplément : « Origines, Histoire et souvenirs de 600 mots créoles de ma jeunesse capoise » in « Cap-Haïtien. Excursions dans le temps. Au fil de nos souvenirs » (2014) pp. 223-346) et de « Le joyau de la cuisine capoise : la noix cajou… » (2011, 101 p., ill.)

Il est membre de l’A.K.A. (Akademi Kreyòl Ayisyen)

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