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“Haïti: changer le cours de l’histoire”

“Haïti: changer le cours de l’histoire[1] est le titre du dernier livre de l’historien et professeur Watson Denis chez les C3 Editions. Ce texte est un vibrant discours prononcé à l’occasion de la quatre-vingt-dixième anniversaire de la Société Haïtienne d’Hitoire, de Géographie et de Géologie (SHHGG).

La première de couverture du livre de Watson Denis arbore l’image d’un tramway d’un Port-au-Prince d’antan, probablement des années 1950, avec une tête moderne. Cette photo-montage correspond bien au titre du livre : “changer le cours de l’histoire”. Ce titre peut être considérée comme une métaphore empruntée, probablement au langage de l’eau, qui veut faire peau neuve à l’histoire d’Haïti. L’eau suit son cours pour aller se déverser dans l’immensité de la mer, mais on peut agir sur elle, la dévier, changer son cours et l’amener à arroser nos jardins ou la canaliser vers les turbines pour obtenir de l’énergie. On peut comprendre ce titre également comme un changement de voie, un changement de cap, aller dans une autre direction, se transformer au final. Tout comme ce tramway ancien de la première de couverture qui s’est transformé en cours de route en un autre plus moderne. Et c’est dans cette modernité-là, symbole du développement, que nous invite à rentrer le discours formaté en livre du professeur Watson Denis.

Dans l’introduction de son livre il nous livre une réflexion quasi nouvelle dans une perspective haïtienne où jusqu’à présent nous comprenons l’histoire comme le récit du passé. Pour lui, “l’historien”, du fait qu’il “travaille dans un contexte social qui influence son oeuvre”, il ne peut qu’avoir une lecture contemporaine des événements et faits du passé. Ainsi, le discours de “l’historien s’inscrit dans une contemporanéité particulière”. Sa manière (celle de l’historien) de remettre dans le débat public des faits et des événements du passé vont donner “le caractère contemporain” à son oeuvre et à son discours. De ce fait, en tant que témoin des changements de son temps, l’historien Watson Denis nous raconte les virages que nous avons ratés au cours de notre histoire après notre indépendance de 1804. Pour lui, “Haïti avait raté les années 1960, qui furent une décennie de grands mouvements sociaux ou de luttes révolutionnaires pour le changement social”. Deuxièmement, “le pays avait manqué les années 1970 qui furent la décennie de la croissance”. Le troisième virage qu’a raté le pays se situe  dans les années 1980, plus précisément au départ de Jean-Claude Duvalier en 1986. La transition devait mettre le pays sur les rails du développement mais jusqu’à maintenant, trente ans après, nous nous enlisons dans cette transition démocratique. “Le beau temps de la démocratie généreuse a été galvaudé dans les projets sans grandeur, la facilité, la médiocrité et le laisser-aller”. Au lieu de profiter de moments charnières, Haïti en 2016, est encore sous assistance; comme une assistance respiratoire qui lui empêche de crever.

Le discours proprement dit revêt un double aspect: académique d’abord et politique ensuite. En effet, il présente en premier lieu la revue de la Société Haïtienne d’Hitoire, de Géographie et de Géologie (SHHGG) et ladite association à l’occasion de son 90ième anniversaire. Cette revue, vieille de 90 ans, a fait peau neuve dans sa présentation, sa structure interne et son contenu pour ses cinq derniers numéros compte tenu des évolutions technologiques. L’ambition que projette cette revue est d’atteindre le niveau d’excellence des revues internationales: américaines et françaises. Le local définitif ou le siège social attribué à la société lui permettra d’élargir ses projets comme: aménagement d’une bibliothèque d’histoire, de géographie et de géologie. L’auteur passe également en revue des auteurs qui ont travaillé sur  Haïti, que ce soit sociologues ou historiens et montre qu’ils ont présenté Haïti à travers une “historiographie pathétique” ce qui a amené l’historien à cet aveu:

“Je trouve, mis à part les luttes majestueuses du peuple haïtien contre l’esclavage, la colonisation, aux faits d’armes ayant abouti à la Révolution haïtienne et à la proclamation de l’indépendance nationale, j’estime par ailleurs qu’au-delà des réussites intectuelles éclatantes de certaines personnalités sur le plan internationale, qu’il existe très peu d’événements politiques et économiques dans l’histoire d’Haïti qui donnent des matières suffisantes à exalter, à magnifier ou à poser en équation positive pour le présent et le futur. J’ai beau déployé les annales de notre histoire, j’ai beau réfléchi sur l’historiographie haïtienne, je dirais, bien entendu avec une grande amertume dans l’âme, que je ne trouve pas assez de thèmes plaisants ou stimulants pour reconstruire en beauté le passé du peuple haïtien”.

Face à ce tableau peu reluisant, désespérant et voire même affligeant: que faire? Le professeur et historien nous propose de “changer le cours de l’histoire” pour “cesser cette course vers l’abîme”. Mais comment?

Ce changement et cette modernisation ne passeront pas sans d’abord construire “un idéal de grandeur” à la hauteur de notre histoire et de notre communauté nationale. Cela passera également dans la réalisation de “l’unité historique du peuple de façon souveraine”. Bien que portant encore les “stigmates d’une nation divisée”, nous pouvons réaliser cette unité en nous servant des éléments qui nous unissent comme: le créole, notre passé historique et notre culture. En réalisant cette unité historique nous travaillerons du même coup à repenser et réaliser l’intégration sociale. Ce changement passera aussi par une “augmentation substantielle de la production nationale en appliquant un programme nationale de salut public incluant des politiques publiques bien adaptées à notre environnement socio-économique”. Ce changement passera également par un dépassement de soi, c’est-à-dire s’oublier soi-même presque littéralement pour favoriser le bien commun.

Le livre, quoique de petit format et d’une quarantaine de pages nous livre un discours percutant nous mettant face à notre devoir. Il peut être interprété aussi comme un discours pour réveiller les consciences qui sommeillent pour que chacun puisse prendre sa responsabilisaté en vue de freiner notre “course vers l’abîme”.

En dépit de l’aspect soigné du livre on se doute bien qu’il possède des défauts notamment une introduction non proportionnelle par rapport aux propos qu’elle introduit. L’introduction est apparemment de même longueur que le contenu du livre. Il aurait été préférable de faire le livre en deux parties à mon avis. Mais en gros, nous avons lu un discours vibrant pas nécessairement d’un historien, mais d’un citoyen qui se sent concerné par les tournants dramatiques que prend son pays et met son auditoire devant sa responnsabilité.

Nous souhaitons au discours de poursuivre sa route!

Ethson OTILIEN

ethsotilien@gmail.com

Enseignant à la FASCH/ UEH

Analyste de discours et communicant

[1] Article publié dans HAITI LIBERTE du 28 décembre 2016 au 3 janvier 2017

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