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La crise des dirigeants et des dirigés de l’UEH

Par Nicodem JEAN-BAPTISTE

ancien étudiant à la Faculté d’Ethnologie

Journaliste

 

«  C’est bien malheureux que l’UEH (l’Université d’Etat d’Haiti)

peut produire des savants et intellectuels reconnus

à l’échelle internationale et nationale, 

mais incapable de produire des gens

pouvant résoudre ses propres difficultés ».

Je voudrais dans cet article, arracher la notion de la structure ou du système sous l’emprise de  l’irresponsabilité, la méchanceté et la haine doublée d’un confort masqué de certains discours qui se croient, ou se veulent révélateurs de toute une série de relations au sein des institutions publiques, spécialement de l’Université d’Etat d’Haïti. Le maniement même de la notion de structure par certains acteurs, les dédouane de leurs propres responsabilités. Et c’est cette notion de responsabilité qui doit être restituée sur un terrain plus ou moins valable aujourd’hui. Il faut la réhabiliter et l’introduire dans la crise actuelle que connaît les dirigeants et dirigés de l’UEH. Je ne dis pas que connaît l’UEH, parce que justement je constate que certains dirigeants et étudiants de cette institution ont fait de la notion de structure un fait naturel, allant de soi, en oubliant que l’ordre socio-politique est une construction malléable1 et donc, artificielle. Je sais d’avance que beaucoup m’objecteront ici que la simple psychologie des protagonistes ne suffit pas pour comprendre la crise et d’y intervenir de manière efficace. Plus encore, la structure a quelque chose de supplément qui surplombe la réalité des acteurs eux-mêmes dans le jeu impersonnel qu’elle introduit dans leur vie et les invite à jouer.

Il y a également l’affirmation selon laquelle la crise actuelle des dirigeants et dirigés de l’UEH les dépasse parce qu’elle tient de l’ordre de la structure. Je récuse a priori une telle logique, pourquoi? Parce que le lieu d’énonciation d’une telle affirmation présuppose une connaissance préalable sur ce qui dépasse ou ne dépasse pas les capacités des protagonistes apparents et de ce fait, dévoile implicitement que la crise peut-être aisément résolue en pensant soutenir le contraire. Pour les protagonistes, ils le sont bien apparents, car dans un style badiousien, je dirais que l’espace de leur désaccord est limité par trois accords qui sont malgré tout, fondamentaux : premièrement, ils sont tous les deux d’accord que l’université est dysfonctionnelle. Deuxièmement, ils soutiennent tous les deux, que l’espace universitaire est un lieu de débat qui ne doit pas tomber sous l’emprise d’une dictature maquillée, ou encore,  qui ne doit pas être dirigé au gré des caprices d’un dictateur déchu (du moins, dans leurs discours) car il est à rappeler aussi qu’aucune idéologie, « qu’ » aucun récit déployé par les gouvernants « ou dirigeants » ni aucun processus de sédimentation ne peut-être absolue et convaincant. Dans un contexte où les idées circulent, où les pratiques militantes se diffusent et se nourrissent les unes des autres, où nul ordre social n’est cloisonné et imperméable à l’extérieur, imposer un dogme absolu et une définition exclusive de la normalité est une tâche impossible.2

Et enfin troisièmement, ils sont d’accord d’une part, de toucher leurs salaires sans reproche morale aucune, durant la crise et de l’autre, que les étudiants soient celui qui font les frais (paient les pots cassés). Le seul et le plus important des problèmes, est qu’ils ne sont pas d’accord que l’un soit en désaccord avec l’autre. Ce dernier point nous paraît un peu ridicule mais il a quand même un sens dans la mesure où il nous révèle un mal qui ronge la relation de l’Haïtien avec ses pairs.

 

Nous sommes la crise

Nous nous intériorisons mal l’un et l’autre, et ce n’est aucunement par les études universitaires et les doctorats que nous arriveront à exorciser ce mal être. Nos diplômes ne nous protègeront pas de ce rapport démentiel entre l’Haïtien et le pouvoir, entre l’Haïtien et les armes et enfin, entre l’Haïtien et l’argent. C’est là, le réseau des problèmes de la crise des dirigeants et des dirigés de l’UEH, et mon analyse emprunte ce chemin en guise de celui qui prime le système sur ses relations internes, c’est-à-dire nous sortons des spécificités ou des singularités elles-même, pour arriver à la structure (à l’UEH). Autrement dit, l’analyse des relations (interactions) entre : dirigeants et dirigeants, dirigeants et professeurs, dirigeants et personnels, dirigeants et étudiants, professeurs et professeurs, professeurs et personnels, professeurs et étudiants, personnels et personnels, personnels et étudiants, étudiants et étudiants etc., nous permet de comprendre pourquoi l’UEH est dysfonctionnelle. Voilà pourquoi nous soutenons que la crise est celle de ces catégories pré-citées. C’est au niveau de ces différentes relations et situations que se tiennent les vérités de notre malheur.

L’UEH n’est pas en crise, l’homme haïtien dans son statut de dirigeant, de professeur, de doyen, d’étudiant, etc., est en crise. Certains me diront que c’est une crise politique, il y a des mains cachées, et des intérêts que nulle partie ne veut perdre. Et là encore, il incombe à ceux ou celles là, qui réfléchissent sur la politique de l’arracher de ses vieux oripeaux du passé. Car une telle assertion suppose que la politique doit rester sous l’emprise d’un réseau de significations machiavéliques d’où l’homme ne cesse d’être un moyen pour l’homme. Chacun veut jouir de l’autre sans l’autre, dira-t-on. [Les événements de] 1986, [de] 2004, [et de bien d’autres dates], devraient nous [enseigner]. Nous sommes hobbesiens sous couvert de démocrates,  or aucun d’entre nous n’aimerait que la carrière de ses enfants soit bousillée, mais en même temps, chacun de nous baigne dans la logique que « les enfants des autres parents ne sont pas mes enfants, donc ne sont pas des enfants mais des victimes nées* ». La structure nous révèle tels que nous sommes et il revient peut-être à la psychologie ou la psychanalyse de nous présenter à notre miroir déformant.

 

Le retour de la responsabilité

La question que chaque dirigeant, professeur, étudiant ou autres devrait se poser aujourd’hui est la suivante : quelle est mon rôle dans la crise actuelle? C’est la plus fondamentale des questions, et en effet, qu’est-ce que c’est qu’une crise? À défaut de réponse, le professeur Yves Dorestal affirmerait que seule la crise est stable en Haïti. Histoire de faire de cette dernière une manière d’être typiquement liée aux Haïtiens. Parler d’une crise stable est un oxymore, mais un oxymore qui nous révèle tels que nous sommes au plus profond de notre être. D’autre part, la crise ne saurait être repérée hors d’une situation ou des situations singulières et encore moins, décrite  sans l’intervention interprétative des singularités en question. Ce qui nous ramène à dire que la façon dont les protagonistes expliquent la crise participe grandement à la constitution de cette dernière ainsi que sa pérennisation. Derrière le discours de chacun des protagonistes bruit un désir de pouvoir inavoué.  La crise n’est pas une idée pure sans relation avec la mondanité pratico-inerte des structures,3 elle n’est pas non plus, des structures vidées de toutes interactions humaines. Car les humains sont ceux par lesquels et à travers lesquels, que la crise devient effective. Et c’est avec eux que commence la politique moderne (société) par ce que Rousseau appelle un contrat et non par la structure : le sujet est d’abord son propre législateur.4 

Ainsi, l’homme précède la structure qu’il définit et que lui, il dévoile et accuse chaque fois que cette dernière le confronte avec lui-même. Néanmoins, il s’aime comme il est dévoilé par cette fameuse structure, c’est un peu proche de l’histoire de Narcisse avec son  reflet dans le puits, mais plus fine et plus subtile encore. Cette confrontation avec soi est le ciment même (l’éthique) de la question des responsabilités car la crise est à l’image des antagonistes. C’est là, le symptôme.  En guise de l’accepter, beaucoup d’entre eux préfèrent gloser sur le poids du système (de la structure), sur l’individu et du coup, s’absentent de leurs responsabilités. Ils tentent de la fuir dans un artifice de rhétorique mais qui à la fin, les rattrape et les ramène à eux-mêmes. C’est ce qui nous rabaisse à un niveau d’enfantillage où c’est toujours l’étranger qui doit venir trancher nos différents les plus insignifiants. Cependant nous nous vantons de nos publications à l’étranger et de nos travaux qui malgré leurs ancrages existentiels, ne nous aident pas à comprendre le poids de nos responsabilités envers nous-mêmes d’une part, et envers notre société de l’autre. Par ailleurs, il est dit que de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. Toutefois, de grands pouvoirs  peuvent germer en l’individu – en question – la tentation de maltraiter son prochain5 (Freud 1929 : 39) de le de-substantialiser au gré de la pérennisation et la consolidation de ces derniers  (de diriger/gouverner).

Ce qui nous amène à poser ces questions : Qu’est-ce que c’est que diriger ou gouverner en Haïti ? Que peut-on faire ou ne pas faire au nom des principes constituants cette notion ? Comment le soustraire des rapports de force? Et quelle posture devrait-on prendre pour arriver à s’intérioriser en intériorisant son opposant sans vouloir le détruire lors d’une situation de conflit ? J’adresse ces questions aux dirigeants des institutions publiques et privées, bien que comme le disait Alfred De Musset : « le rêve de tous les dirigeants est d’avoir des sujets qui ne savent dire que oui ». Tout en oubliant qu’ « un homme c’est quelqu’un qui peut dire non ». Et c’est ce NON que j’invite les protagonistes à dire : un NON à soi et un NON à cette image dégradante de soi comme seule vérité, puisque la vérité est ce qui se vit, elle ne s’enseigne pas ex cathedra6. Ceux-ci sont la crise qu’ils disent dénoncer ou feignent de combattre chaque jour. En outre, ils sont la conscience de cette crise qui se réfléchit sur les murs des espaces de l’UEH.

 

Bibliographie

1-Contigence, dislocation et liberté enersto laclau était-il anarchiste? No 1751 (9-15 octobre 2014) /Portraits p.3

2-http://danielbensaid.org/Alain-Badiou-et-le-miracle-de-pdf p.2

3-ibid.p.2

4- Contigence, dislocation et liberté enersto laclau était-il anarchiste? No 1751 (9-15 octobre 2014) /Portraits p.3

5-Sigmund Freud 1929, Malaise dans la civilisation, trad. française 1934 p.38

6-Herman Hess, le jeu des perles de verre, trad. Jacques martin, Claman Levy, 1991, p.143. (N.D.T)

 

*les enfants des autres parents ne sont pas mes enfants, donc ne sont pas des enfants mais des victimes nées. Cette une ligne de réflexion tirée de mon prochain article titré : «  tes enfants et mes enfants ….»

 

 

 

 

 

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