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Marabout de mon cœur d’Émile Roumer : vocabulaire et traduction créole

Par Max Manigat*

« Autour du thé fumant qu’il faisait bon causer.

Dans la tiédeur du soir se déliaient les langues !…

parler français avec, parfois, pour s’amuser,

un mot créole ayant le chaud parfum des mangues. »

(Émile Roumer[1])

 

Une illustration de ces « mots créoles ayant le chaud parfum des mangues » se trouve dans son magnifique poème : « Marabout de mon cœur » :

« Marabout** de mon cœur aux seins de mandarine,
tu m’es plus savoureuse que crabe en aubergine**.
Tu es un afiba** dedans mon calalou,
le doumboueil** de mon pois, mon thé de z’herbe à clou**.

Tu es le bœuf salé** dont mon cœur est la douane.
L’acassan** au sirop qui coule dans ma gargouane**.
Tu es un plat fumant, diondion** avec du riz,
des akras croustillants et des thazars** bien frits.
Ma fringale d’amour te suit où que tu ailles.
Ta fesse est un boumba** chargé de victuailles. »

 

** Vocabulaire[2]

** acassan – akasan : Akasan/Acassan : purée à base de maïs qui se sert au petit déjeuner.

D’après Jules Faine, ce mot viendrait de l’espagnol et du portugais qui l’auraient pris de l’africain.

Mot « fongbe akãsã (pron. akasan) : bière, purée de maïs. »

Akasan s’écrit en français : acassan. Parfois, aussi, on en fait : A.K.100.

Pierre Anglage a trouvé les mots akasa et akãsã au Bénin, au Ghana, au Nigéria et au Togo. Dans ces quatre pays,  il s’agit d’ « une pâte cuite préparée avec de la farine fermentée. » (MCNH[3], p. 27)

** acassan au siropaksan o siwo : akasan au sirop de canne à sucre.

** afiba – afiba ou « afliba : mot normand afflubat (tripes sèches) … » (Jeannot Hilaire[4] : p. 12)

** akras – Akra : beignets de taro ; de haricots…

Mots « fongbe aklã : sorte de beignets aux haricots. » (MCNH[3], p. 28 )

S’écrit : acra, en français

** bœuf salé – bèf sale : mots français – bœuf en saumure.

** boumba – boumba : pirogue ; bois fouillé.

Mot d’origine incertaine.

Jules Faine[5]  propose deux étymologies : 1) « peut-être de l’indien caraïbe, comme « camoapiragua (pron. piragwa) pour pirogue, etc. ; 2) peut-être de l’anglais « bumboat : bateau à provisions » petit canot à victuailles. » (Dictionnaire… (1974), p. 346 – voir : pirogue).

** calalou – kalalou : calalou ; ragoût de feuilles vertes, de viande et de crabes.

Mot fongbe kalalu (pron. kalalou) : nourriture à base de légumes. (MCNH[3], p. 162)

** crabe en aubergine – krab lan berejèn : Plat haïtien de pulpe d’aubergines écrasée dans lequel on met des crabes.

** diondion –Djondjon, Dyondyon : petits champignons noirs séchés.

Jeannot Hilaire : « Mot « bambara diondiõ : pavillon, parasol. Terme générique pour désigner les champignons. » (Lexicréole… (2010, p. 72) ; (MCNH[3], p. 102-103)

** doumboueil – doumbrèy, donbrèy ; Donbòy ; donplim : petits morceaux de pâte, de forme allongée, obligatoires dans le bouyon ou pot au feu haïtien.

Mot d’origine incertaine.

Il viendrait de dombré que les Africains amenés en esclavage aux États-Unis  auraient introduit dans l’américain sous forme de dumboy. Cependant, les mots dumb boy et dumboy, ce dernier rapporté par Jules Faine, n’existent pas avec ce sens.

Appelé aussi bòy le donbòy selon Jules Faine viendrait de l’« espagnol bollo : petit pain au lait allongé ; brioche. »

Donplim est le mot anglais dumpling avec à peu près la même signification qu’en créole. » (MCNH[3], p. 104)

** gargouane s’écrit aussi : gargoinegagann : gorge, gosier, œsophage.

Mot ancien français de la même famille que : « gargote, gargaite (qui reposent) sur une racine garg-, peut-être d’origine onomatopéique : gosier, gorge. ♦ gorge, gosier, œso-phage ; gargueton : gorge, gosier. »  GAJ-308 (Greimas, a. j : dictionnaire de l’ancien français… 1980, p. 308) ; (MCNH[3], p. 132)

** Marabout – « Marabou : femme noire aux cheveux soyeux.

Mot kikongo familier « mu-arabu ; mwarabu (pron. mouarabou ; mwarabou) : un Arabe ».

Ne se trouve pas dans le « Dictionnaire kikongo et kituba – français » (1973) de Pierre Swartenbroekx. Je l’ai entendu plusieurs fois à Kenge (République Démocratique du Congo) où j’enseignais. Il est formé sur le modèle du mot « mukòngó (pron. moukongo) : personne de l’ethnie Kongo au bas-Zaïre » (P.S., p. 366) soit  « mu » pour « muntu » : personne et «kòngó » : du Congo.

L’orthographe de cet haïtianisme doit être : « marabou » et non : marabout. »  (MCNH[3], p. 238)

** thazars – taza : mot français : thazard – poisson apparenté au maquereau.

** thé de z’herbe à clou – te (dite[N]) zèb (zèrb[N]) aklou ou Zèb-a-klou: mots français : thé d’herbe à clous.

« Herbe-à-Clou ; Zèb-a-klou : Ocimum Micranthum » www.vodou.org/herbier

« Un basilic étrange du Pérou, traditionnellement utilisé dans la cuisine. Les feuilles contrairement au basilic commun, ont une odeur unique qui servent à un certain nombre d’usages médicinaux ». (ma traduction)

Ce que nous appelons « te », dite[N], en Haïti, est défini par Jules Faine[4] :

« […] On entend par thé toute infusion de feuilles ou écorces soi-disant curatives. Il y en a pour tous les maux du corps. … »

À part ces « qualités curatives » certains de nos « te », dite[N], se prennent après le repas du soir, pour le plaisir, comme les « thés » de ti bonm, melis, sitwonèl, bonbonyen, etc. Puisqu’Émile Roumer place thé de z’herbe à clou au nombre de ces succulences haï-tiennes nous pensons qu’il s’agit d’une infusion qu’on boit pour le plaisir.

Le te jenjanm, dite jenjanm[N] est servi presqu’obligatoirement dans les veillées mortuaires.

Le vrai :

« […] thé est une boisson aromatique préparée en infusant des feuilles et des  bourgeons de théier, un arbuste à feuilles persistantes originaire d’Asie, et pouvant être bue chaude ou froide. » www.wikipedia.org

Nous le connaissons comme : « té d’Chine »/[te d Chin]. (J. Faine).

 

  • Le « zèb aklo, aklòk, aklou » d’après le HED[6], p. 995 s’appelle aussi : manman lanman HED[6], p. 533. (Physalis turbinata). Il les traduit en anglais : “cape gooseberry, winter cherry, alkekengi”.

Descourtilz[7] le présente comme « herbe à cloques » [zèb aklòk] ou « coqueret pubescent (diurétique excitante) » – tome IV, p. 69.

Brutus/Pierre-Noël[8] décrivent le zèb a klou (Heliotropum Flaviflorum) aussi appelé : herbe à malingres/zeb a maleng  qui comme ces deux noms l’indiquent servent à nettoyer et à panser klou et maleng.

 

  • Toujours dans le but d’améliorer notre créole, voici mon adaptation de « Marabout de mon cœur » :

 

Mes lecteurs me pardonneront ma témérité d’avoir essayé de traduire le beau poème d’Émile Roumer. Dans une traduction, il faut tourjours tenir son tranchet d’une main ferme de peur qu’elle ne s’échappe et vous blesse.

Cousin Palmannò/Kiki Wainwright, directeur de la chorale de la Sosyete Koukouy, Branch Miyami, m’a aidé à trouver la cadence de cette traduction :

 

Marabou Ti cheri m

Marabou Ti cheri m, ti tete madarin,

ou pi gou nan dyòl mwen pase krab lan berejèn.

 Ou se yon afiba nan mitan kalalou m,

Donbrèy ki nan pwa mwen, bon ti te zèb aklou m.

 

Ou s on bout bèf sale m, se kè m ki ladwann li.

Akasan o siwo m koule nan gagann mwen.

Ou s on plat manje cho, djondjon avèk diri,

akra sèk anba dan, pwason taza byen fri.

Foli damou mwen an dèyè w kote w pase.

Fès ou se yon boumba chaje ak pwovizyon. »

__________

* Max Manigat est l’auteur de « Mots créoles du Nord d’Haïti. Origines – Histoire – Souvenirs » [MCNH] (2006) et du supplément : « Origines, Histoire et souvenirs de 600 mots créoles de ma jeunesse capoise » in « Cap-Haïtien. Excursions dans le temps. Au fil de nos souvenirs » (2014) pp. 223-346. Il est membre de l’AKA.

** J’ai pris la liberté de mettre en italiques les mots créoles.

[1] Poèmes d’Haïti et de France. (1925).

[2] Puisque nous essayons d’améliorer notre créole si mal parlé par manque de connaissances grammaticales et de vocabulaire, je propose des mots qui peuvent être utiles à nos amateurs de fransyòl.

[3] Manigat, Max : Mots créoles duNord d’Haïti. Origines – Histoire – Souvenirs. (2006), 375 p.

[4] Hilaire, Jeannot : Lexicréole. (Identification des sources lexicales). 2001, 460 p.

[5] Faine, Jules : Dictionnaire français – créole. (1974), p.442.

[6] Freeman, Bryant C.: Haitian-English Dictionary. (2004), 1020 p., ill.

[7] Descourtilz, Michel-Étienne : Flore pittoresque et médicale des Antilles, (1826), ill.

[8] Les plantes et légumes d’Haïti qui guérissent. Tome II. 2ème édition (1960), p. 279.

 

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